166 milliards promis, mais les petites entreprises restent à la traîne
Après des mois d’incertitude, 166 milliards de dollars collectés au titre de tarifs maintenant jugés inconstitutionnels vont enfin être rendus aux importateurs américains. Mais pour les petites entreprises qui ont été étranglées par ces taxes, récupérer cet argent risque d’être plus compliqué que pour les grandes sociétés disposant d’avocats et de trésorerie.
Remboursements disponibles mais procédure semée d’embûches
Les remboursements sont disponibles pour les entrées « non liquidées » ou celles liquidées dans les 80 derniers jours. Pourtant, la procédure est semée d’embûches. U.S. Customs and Border Protection (CBP) a porté plainte contre l’administration Trump lundi pour clarifier qui pourra demander ces remboursements via le programme CAPE, et plusieurs détails restent flous : délais serrés, portails techniques capricieux et le risque d’un recours de l’exécutif qui remettrait tout en cause.
Des petites entreprises sans avocat ni informations claires
Pour les petits importateurs, ces obstacles ne sont pas que théoriques. Sans équipe juridique ni service conformité, beaucoup ne savent pas quand ni comment déposer une demande.
« Je suis profondément inquiet que les petites et moyennes entreprises perdent leurs droits de remboursement parce qu’elles n’ont pas eu accès à des conseils juridiques », avertit Matthew Seligman, fondateur du cabinet Grayhawk Law. Certaines entreprises ont reçu des messages d’erreur en tentant de soumettre leurs dossiers, des « glitches » qui, selon Seligman, peuvent se traduire par une inéligibilité définitive.
Pression financière: dettes, garanties et vente de créances
La pression financière ajoute une couche dramatique. En préparant leurs stocks avant les hausses de tarifs, de nombreux commerçants ont avancé des sommes importantes et se retrouvent aujourd’hui avec des ventes ralenties et des lignes de crédit épuisées.
Dan Anthony, directeur de We Pay the Tariffs, raconte avoir parlé avec des propriétaires qui ont contracté une seconde hypothèque ou augmenté leur dette pour survivre. Tandis que quelques acteurs plus résistants utilisent leurs créances de remboursement comme garantie ou les vendent pour obtenir de la liquidité immédiate, la plupart adoptent une stratégie d’attente, espérant ne pas perdre la totalité des sommes payées.
Recours juridiques coûteux et risque d’appel présidentiel
Les questions juridiques persistent. Si une entrée est déjà liquidée au-delà de la fenêtre de 80 jours, l’importateur devra soit déposer une protestation formelle auprès de la CBP, soit saisir la Court of International Trade — des options coûteuses et longues. Et l’administration pourrait interjeter appel de la décision qui ordonne le versement universel des fonds, rendant l’effort de demandeur « en quelque sorte une perte de temps », selon Seligman.
La situation laisse les petites entreprises dans une course contre la montre juridique et informatique pour récupérer de l’argent dont leur survie dépend. 166 milliards de dollars vont être redistribués — mais qui y aura accès, et combien en temps utile, reste une autre histoire.
