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444 éducatrices à la petite enfance en attente après la fin du PEQ

Éducatrices à la petite enfance devant un centre de garde, en attente après la fin du PEQ

La petite enfance a parié sur l'immigration — la transition vers la résidence permanente cale

Le réseau de la petite enfance du Québec a misé sur le recrutement à l'étranger pour combler une pénurie qui met à rude épreuve services et places, mais la logique du recrutement s'arrête au moment crucial : l'accès à la résidence permanente. Ainsi, après de grandes promesses et des campagnes de recrutement internationales, des dossiers restent en suspens au sein du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), au point que la machine gouvernementale semble coincer là où il faudrait accélérer.

Les chiffres qui pèsent — des centaines de dossiers sans suite

Les chiffres parlent d'eux‑mêmes : 444 déclarations d'intérêt liées au secteur de la petite enfance sont jugées admissibles au PSTQ, et ces dossiers attendent une suite qui tarde à venir.

Sur la période récente, depuis juillet 2025, seulement 144 de ces personnes ont reçu une invitation à poursuivre vers la résidence permanente, un rythme qui ne rassure ni les gestionnaires ni les familles dépendantes des services.

Voix du terrain : « on leur déroule le tapis rouge, puis on freine »

Pour la co‑direction générale de l'Association québécoise des centres de la petite enfance, la situation est intolérable : « Ce sont 444 personnes qu’on ne peut vraiment pas se permettre de perdre », alerte Geneviève Blanchard, qui rappelle que prioriser un secteur ne signifie pas ouvrir automatiquement la porte à une sortie vers la résidence permanente.

De son côté, Samir Alahmad, président de l'Association des garderies privées du Québec, résume la contradiction en termes crus : « On leur a déroulé le tapis rouge, on est allé les recruter à l'étranger, et là, on leur met des bâtons dans les roues. C'est illogique et inacceptable. » Il insiste sur la gravité de la pénurie et sur le caractère considérable du nombre — environ 440 personnes — qui risquent d'être perdues.

La parole du gouvernement — promesses et temporisation

Le cabinet du ministre Jean‑François Roberge tente de désamorcer la tension en soulignant des progrès récents : selon le cabinet, « en seulement trois invitations, plus de 140 personnes travaillant dans le domaine de la petite enfance ont été invitées grâce au PSTQ ». On promet aussi que « d'ici décembre, des centaines d'invitations seront envoyées pour les travailleurs du secteur de la petite enfance. »

Néanmoins, ces annonces peinent à convaincre les acteurs du terrain, pour qui l'écart entre promesses et réalisations concrètes traduit une réalité plus dure : des employées préoccupées par leur statut et des établissements fragilisés par l'incertitude.

Vies en suspens : histoires qui rendent les chiffres douloureux

Entre les bilans administratifs et la vie quotidienne, il y a des personnes dont l'avenir est suspendu. Alexandra Hellin en incarne deux facettes : mère de famille et employée d'un CPE depuis 2023, elle possède une qualification obtenue au Québec après une dizaine d'années d'expérience en France, et elle pensait que la résidence permanente suivrait naturellement.

Face au blocage, sa déception a viré à la décision : « Il y a une pénurie, mais on me dit : je ne veux pas que tu restes. C'est incompréhensible », confie‑t‑elle. Fatiguée et inquiète pour l'avenir de ses deux enfants d'âge scolaire, elle explique avoir acheté ses billets d'avion — « je choisis mon destin » — plutôt que d'attendre indéfiniment une invitation qui tarde à venir.

Son employeuse, Stacy Phittahayaphone, raconte combien la situation est à la fois colère et désarroi : après avoir recruté et formé des employées venues d'ailleurs pour maintenir des services essentiels, elle voit leur avenir professionnel incertain et la capacité de son CPE fragilisée par le risque de départs.

Un problème stratégique, pas seulement administratif

Le nœud de la crise dépasse les formulaires et les files d'attente : il est stratégique. Quand des priorités sont annoncées sans garantir la transition vers la résidence permanente, les établissements se retrouvent à gérer des départs potentiels, des remplacements précaires et — in fine — des places en moins pour les familles.

De plus, la fronde des gestionnaires et des syndicats ne se limite pas à un cri ponctuel ; elle met en lumière une contradiction durable : aller chercher des talents à l'étranger puis laisser les dossiers stagner équivaut à risquer la perte définitive d'une main‑d'œuvre déjà rare.

Ce que demandent les acteurs du réseau

Sur le terrain, l'attente est claire : les promesses ministérielles devront se traduire rapidement en gestes concrets, sinon le risque est réel que ces professionnels — et les services dont dépendent tant de familles — prennent leur billet et partent. Les gestionnaires demandent des mesures claires et un calendrier précis pour que les priorités annoncées s'accompagnent d'un passage effectif à la résidence permanente.

La question n'est plus seulement bureaucratique, elle est humaine et urgente : si le Québec veut garder les personnes qu'il est allé chercher pour maintenir son réseau de la petite enfance, il lui faudra aligner rapidement les paroles et les actes.

Publié le : 26 février 2026
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