
Le 17 avril, un stagiaire de 15 ans est mort à Bagnols‑sur‑Cèze après avoir été percuté par un chariot élévateur dans une entreprise de matériaux. L’émotion a été vive dans le Gard ; six jours plus tard, le parquet de Nîmes confie l’affaire à un juge d’instruction pour « homicide involontaire dans le cadre du travail ».
Le choix d’ouvrir une information judiciaire traduit la complexité du dossier. L’enquête, conduite conjointement par le commissariat de Bagnols‑sur‑Cèze et l’inspection du travail, doit établir les circonstances exactes du stage, la prise en main et la conduite du chariot, ainsi que d’éventuels manquements aux règles de sécurité. Selon le parquet, la technicité des investigations en droit et en fait a motivé la saisine d’un magistrat indépendant.
Désigner un juge d’instruction change la donne : il peut ordonner des expertises, mener des auditions sous serment et garantir l’accès au dossier aux parties civiles. La procureure de la République de Nîmes, Cécile Gensac, a confirmé cette orientation afin d’approfondir les pistes et d’évaluer les responsabilités, qu’elles retombent sur des personnes physiques ou morales. La famille du jeune peut désormais se constituer partie civile et demander des actes d’enquête.
Un constat plus large pèse sur ce drame : les accidents du travail et leurs conséquences forment un bilan alarmant en France. En 2024, 764 personnes sont mortes à la suite d’un accident du travail ; en ajoutant les décès liés aux maladies professionnelles, le total atteint 1 297 victimes, soit environ trois morts par jour. Plus d’un décès sur cinq survient dans l’année qui suit la prise de poste, et chez les moins de 25 ans, plus de la moitié des morts se produisent au cours de cette première année, souligne le syndicat UNSA.
Ces chiffres interrogent la formation et l’encadrement des nouveaux arrivants. Pour l’UNSA, la progression des accidents — et notamment l’augmentation des cas chez les femmes ou des pathologies psychiques — révèle un déficit de prévention et d’accompagnement, aggravé par la précarité et la pression temporelle dans certains secteurs. L’accident de Bagnols‑sur‑Cèze s’inscrit dans ce cadre : un mineur en stage, présent depuis seulement quelques jours, a été placé au cœur d’une machine qui devait être maîtrisée.
L’inspection du travail doit désormais évaluer dans quelles conditions le stagiaire évoluait et si l’entreprise respectait ses obligations de sécurité. Les conclusions des expertises ordonnées par le juge d’instruction détermineront la suite : des poursuites pénales, des recommandations et, potentiellement, des changements dans les pratiques locales. Dans l’immédiat, la priorité reste d’éclaircir comment un stage destiné à former un adolescent s’est transformé en drame évitable.