
Ce mercredi 31 décembre à 19 h 30, le guichet de vente de la gare TGV de Reims-Bezannes baissera définitivement le rideau. En cette dernière journée de l’année, les derniers clients se sont succédé auprès des deux agents. Un véritable crève-cœur pour les usagers et quelques habitants qui ont monté un collectif en dernière minute dans l’espoir de faire bouger les lignes.
Une affichette verte apposée discrètement sur la vitre du guichet annonce la couleur : Votre espace évolue et ne sera plus accessible à partir du 31.12.2025. Dans le hall de la gare Champagne Ardenne TGV, les voyageurs se pressent tout en tirant leurs valises à roulette. Parmi eux, Ishan et sa famille tentent en vain de prendre un billet de train pour rejoindre le vignoble.
Face à l’imposante machine blanche, son père et lui semblent perdus et décident de rejoindre le guichet central. « Quel est le tarif du ticket ? Et comment cela se passe-t-il pour acheter le billet ? », s’enquiert-il auprès de l’agent. Dans un anglais parfait, ce dernier leur apporte toutes les informations nécessaires pour leur voyage.
« C’est vraiment dommage que cela ferme », réagit Isham. Bien sûr, les distributeurs automatiques sont pratiques et les applis sur les téléphones sont utiles, mais cela ne remplacera jamais le contact humain avec une personne qui peut nous donner toutes les informations pour notre voyage.
C’est pour défendre ces touristes mais aussi les habitants que Jean-Jacques Schott, cet habitant de Bezannes, a décidé de monter « in extremis » un collectif avant la fermeture du guichet. Symboliquement, il sera le dernier client ce soir, car il souhaite faire renouveler sa carte senior.
Baptisé « Sauvons le guichet SNCF de la gare CA-TGV à Bezannes », le collectif n’a réuni ce matin qu’une poignée de militants à quelques heures du réveillon. « C’est intolérable de fermer ce service, surtout que c’est parfois très compliqué de changer son billet sur les bornes », insiste Jean-Jacques Schott.
Emilie, une voyageuse, a adopté l’appli SNCF sur son smartphone mais veille parfois à aller aux guichets pour des conseils plus affûtés. « Les agents voient mieux les correspondances, c’est parfois plus simple d’aller en gare pour acheter son billet pour des longs trajets », confie cette Strasbourgeoise, en transit dans la gare champenoise.
Pour Michel, c’est davantage le processus de déshumanisation engagé sur tout le territoire qui le met en colère. « Il faut laisser le choix aux usagers et puis c’est aussi plus sécurisant d’avoir des agents dans une gare », poursuit son épouse Alice.
Au printemps dernier, la région Grand Est n’a pourtant pas hésité à trancher pour des raisons économiques et a annoncé la fermeture de 13 guichets TER de la SNCF, à partir du 1er janvier 2026, dont celle de Bezannes et Fismes dans la Marne.
Ces guichets n’ont pas été choisis au hasard : ils ont tous vendu entre 6 et 10 tickets par jour l’an dernier. Selon la Région, il en coûterait 200 000 euros par an et par guichet à la collectivité. En guise d’alternative, les usagers sont renvoyés vers la gare de Reims, la plus proche, ou vers les bornes automatiques ou les applis sur téléphone pour acheter leur titre de transport.
La fermeture du guichet TGV à Reims-Bezannes soulève de nombreuses inquiétudes parmi les usagers. Ce changement, perçu comme une déshumanisation des services, pourrait affecter la qualité de l'expérience des voyageurs. Les alternatives proposées ne suffisent pas à apaiser les craintes des habitants et des touristes.