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Aux Bahamas, des requins testés positifs à la cocaïne et à la caféine

Requin nageant près de la surface dans les eaux turquoise des Bahamas, sujet d’un test cocaïne et caféine

Les requins des Bahamas portent l’empreinte de nos cafés et médicaments

Des requins aux Bahamas portent désormais l’empreinte de nos cafés, de nos médicaments et parfois de nos drogues. Une équipe internationale de biologistes marins a trouvé des traces de caféine, d’anti‑inflammatoires en vente libre et, dans un cas, de cocaïne dans le sang de plusieurs requins capturés à quelques kilomètres d’une île reculée des Bahamas.

Les chiffres révèlent l’ampleur de la contamination

Les chiffres parlent d’eux‑mêmes. Les chercheurs ont analysé le sang de 85 requins appartenant à cinq espèces. Vingt‑huit des requins présentaient des traces détectables de caféine, d’anti‑inflammatoires en vente libre ou, dans un cas, de cocaïne.

Molécules ciblées: de la caféine à la cocaïne

Les prélèvements ont cherché 24 substances — licites et illicites — et certains animaux portaient plusieurs molécules en même temps. L’auteure principale, Natascha Wosnick, zoologiste à l’Université fédérale du Paraná (Brésil), insiste : la cocaïne attire l’attention, mais le véritable signal d’alarme, c’est la présence généralisée de caféine et de médicaments « normalisés » que l’on croit inoffensifs. « Ces substances légales, consommées couramment et souvent ignorées, laissent pourtant une empreinte environnementale clairement détectable », écrit‑elle.

Altérations biologiques et inquiétudes pour les populations

Au‑delà du sensationnel, les analyses montrent des altérations de marqueurs métaboliques liés au stress et au métabolisme chez les animaux contaminés. On ne sait pas encore si ces signes se traduiront par des effets délétères à long terme, mais les scientifiques redoutent des modifications du comportement ou de la santé qui pourraient fragiliser des populations déjà vulnérables. Wosnick prend soin de préciser : « Notre inquiétude première n’est pas une hausse d’agressivité envers l’homme, mais les répercussions possibles sur la santé et la stabilité des populations de requins. »

Origine humaine, contexte scientifique et appels à l’action

Ce constat s’inscrit dans une tendance plus large. Une étude de 2024 réalisée au large du Brésil avait déjà trouvé de la cocaïne et de son principal métabolite dans le foie et les muscles de 13 requins examinés. Et en 2023, une expérience filmée pour une émission documentait des comportements « étranges » chez des requins exposés à la cocaïne, rappelant que ces questions méritent d’être approfondies.

Les auteurs pointent une cause simple et évitable : zones urbanisées et destinations touristiques déversent des polluants pharmaceutiques et récréatifs dans les eaux côtières. Si ces écosystèmes sont perçus comme « pristins », leurs lignes côtières subissent pourtant la pression des rejets humains — qu’ils viennent d’eaux usées insuffisamment traitées, de ruissellements ou d’accidents.

Les conséquences dépassent le cas des requins : les composés anthropiques n’ont pas d’équivalents naturels en milieu marin et leurs effets chroniques restent mal connus. Les chercheurs appellent à réévaluer nos habitudes, à améliorer le traitement des eaux et à intensifier la recherche pour comprendre comment ces molécules perturbent la vie marine. Sans mesures, la mer continuera d’absorber ce que nous y jetons — caféine comprise.

Publié le : 27 mars 2026
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