
Alors que le Gulf of St. Lawrence se réchauffe, de nouvelles recherches canadiennes montrent que les baleines modifient leur régime alimentaire. Ce changement est lié à la rareté de l'arctic krill, une proie essentielle pour certaines espèces. Les baleines à fanons, comme les baleines fin et minke, adaptent leur alimentation en se tournant vers des poissons que consomment habituellement les baleines à bosse.
Selon Charlotte Tessier-Larivière, l'auteure principale de l'étude, les baleines fin et minke ont commencé à consommer davantage de poissons fourragers tels que le capelan, le maquereau et le hareng. Ce changement s'explique par une diminution de l'arctic krill, qui était particulièrement important dans les années 1990. L'étude révèle que les espèces de baleines peuvent ajuster leur régime alimentaire en fonction de la disponibilité des proies.
Cette capacité d'adaptation soulève des questions cruciales. Si les baleines consomment les mêmes types de poissons, y a-t-il suffisamment de ressources pour tous ? Que se passera-t-il si ces espèces de proies continuent de décliner ?
Hanna Vatcher, militante au sein du groupe de défense Oceana, souligne que ces résultats sont à la fois encourageants et préoccupants. Elle affirme que cela confirme les observations des scientifiques concernant le changement climatique et ses effets sur les océans. La vie marine, des grandes baleines aux petits poissons fourragers, réagit à ces changements en temps réel.
Les échantillons prélevés durant 28 ans ont permis d'analyser les isotopes de carbone et d'azote dans les tissus des baleines et de leurs proies. Cela a permis de mieux comprendre qui mange quoi et en quelle quantité.
L'étude a également révélé que, bien que les baleines fin, minke et à bosse consomment des aliments similaires, elles ne se volent pas les ressources. Au contraire, il existe des signes de partitionnement des ressources, ce qui se produit lorsque l'approvisionnement est limité. Les baleines semblent se nourrir à des moments ou dans des lieux différents, ce qui réduit la concurrence.
Janie Wray, PDG de BC Whales, souligne l'intelligence des baleines et leur capacité à s'adapter. Elle mentionne que les conditions de disponibilité des proies peuvent fluctuer d'année en année, ce qui nécessite des ajustements dans leurs comportements de chasse.
Wray insiste sur la nécessité d'étudier les habitudes des baleines pour identifier les zones maritimes à protéger. Certaines zones abritent de grandes concentrations de baleines, ce qui les rend précieuses. Une fois ces zones identifiées, des efforts peuvent être faits pour les protéger efficacement.
Vatcher ajoute que le Canada doit adopter une approche dynamique en matière de protection des habitats marins. Cela implique de prendre en compte les changements dans les habitudes des baleines et la disponibilité de leur nourriture, en se basant sur des modèles et des prévisions climatiques.
Les recherches sur les baleines dans le Gulf of St. Lawrence mettent en lumière des adaptations fascinantes face aux défis posés par le changement climatique. Bien que certaines espèces montrent une capacité d'adaptation, il est crucial de surveiller la disponibilité des proies et de protéger les habitats marins essentiels. La compréhension de ces dynamiques peut aider à garantir un avenir durable pour ces majestueux animaux marins.