
Le géant américain du jouet, Mattel, a récemment lancé une poupée censée représenter l’autisme, suscitant une vive indignation parmi les associations françaises. Ces dernières dénoncent une vision jugée « clichée » et « erronée » du handicap. Cette initiative s'inscrit dans une nouvelle stratégie marketing autour de sa poupée emblématique : Barbie.
Depuis lundi, Mattel a mis en vente la « Barbie autiste », qui fait partie d'une gamme célébrant la diversité. Ce modèle rejoint d'autres poupées, comme celles atteintes du syndrome de Down ou d'autres handicaps. Ce lancement vise à contrer la chute des ventes de Barbie, qui a enregistré une baisse de 25 % dans le monde et de 34 % en Amérique du Nord l'année dernière.
En France, l'accueil réservé à cette poupée est mitigé. Olivia Cattan, présidente de SOS Autisme France, s'oppose fermement à cette représentation. Elle déclare : « On est ici dans une représentation erronée de l’autisme, très clichée. » Mère d'un enfant autiste, elle souligne que la poupée véhicule une image stéréotypée et problématique.
La poupée « Barbie autiste » est dotée d'articulations pour simuler des mouvements répétitifs, ainsi que d'accessoires comme un hand spinner et un casque antibruit. Cattan critique cette approche, affirmant que « tous les autistes ne sont pas stressés ou geeks ». Elle met en lumière les dangers des clichés qui persistent dans la société.
André Masin, président de l'association AFG Autisme, partage également des préoccupations. Il souligne que « une personne autiste n’aura pas, de façon naturelle, l’instinct de jouer à la poupée comme un enfant classique ». Selon lui, cette poupée ne répond pas aux besoins des enfants autistes.
Les critiques s'inscrivent dans un contexte plus large de lutte contre les stéréotypes liés à l'autisme. Cattan rappelle que des années de travail ont été nécessaires pour combattre des représentations erronées, comme celles véhiculées par le film Rain Man.
Malgré les critiques, Mattel affirme avoir collaboré avec l'association Autistic Self Advocacy Network (ASAN) pour créer cette poupée. La marque précise que la poupée a été conçue pour représenter les manières dont les personnes autistes vivent et interagissent avec leur environnement.
Eileen Lamb, directrice de marketing chez Autism Speaks, soutient cette initiative. Elle estime que les marques qui soutiennent l’autisme envoient un message fort en faveur de l'inclusion. Cependant, cette vision est contestée par de nombreuses voix qui estiment que cela ne suffit pas.
En France, l'influenceuse Rofrane Bambara défend également la poupée, exprimant sa fierté de voir des enfants autistes représentés. Elle partage son émotion sur les réseaux sociaux, soulignant l'importance de la visibilité pour les enfants. Cependant, cette perspective est loin de faire l'unanimité.
Olivia Cattan, quant à elle, reste sceptique. Elle conclut avec ironie en se demandant si Mattel envisagera de créer une « Barbie ménopausée », soulignant ainsi le manque de profondeur dans la représentation des problématiques réelles des familles concernées par l'autisme.
La sortie de la « Barbie autiste » par Mattel a ouvert un débat intense sur la représentation de l'autisme dans les jouets. Les critiques mettent en lumière les risques associés aux stéréotypes et à la commercialisation du handicap. Alors que certains voient une avancée vers l'inclusion, d'autres appellent à une représentation plus authentique et respectueuse des réalités vécues par les personnes autistes.