
Laurent Nuñez, ancien coordinateur antiterroriste, a déclaré que la campagne de haine contre Samuel Paty ne l'exposait pas « nécessairement » au risque d'être assassiné. Ce témoignage a été présenté devant la cour d'assises spéciales de Paris et a été bien accueilli par la défense. À la question d'une partie civile concernant le danger d'une désignation publique, Nuñez a répondu : « Non, cela ne l’expose pas nécessairement à un danger grave pour sa sécurité ».
Les avocats de l'accusé, Abdelhakim Sefrioui, ont sollicité ce témoignage. Selon Me Brengarth, cet élément est « un fait majeur » pour la défense. En revanche, il a suscité la consternation parmi les avocats des parties civiles, car il remet en question la thèse de l'accusation.
Un lien « causal » a été établi entre la campagne de haine orchestrée par Sefrioui et l’assassinat de Samuel Paty. La cour d'assises a condamné Sefrioui et un père d'élève à 15 et 13 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste. Ils avaient été jugés responsables d'avoir lancé une « véritable fatwa numérique » contre l'enseignant, en révélant son identité.
Il est important de noter qu'Abdelhakim Sefrioui et Brahim Chnina ne connaissaient pas le meurtrier, Abdoullakh Anzorov, qui a décapité Paty pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet. Ce crime a eu lieu dans un contexte de tensions exacerbées autour de la liberté d'expression.
Laurent Nuñez a évoqué le contexte de l'époque, marquée par le procès des attentats de janvier 2015 et la republication des caricatures par Charlie Hebdo. La menace djihadiste était alors particulièrement élevée. La partie civile a demandé si cela ne rendait pas la désignation d'une personne ayant porté atteinte au Prophète « particulièrement dangereuse ».
Nuñez a répondu que bien que la menace était élevée, elle l'est en permanence depuis quinze ans. Il a précisé que le danger ne provenait pas du contexte, mais plutôt de l'usage de canaux de communication fermés, échappant à la vigilance des services spécialisés.
Me Brengarth a souligné que les autorités ne pouvaient pas reprocher à son client ce qu'elles n'avaient pas pu anticiper. Il a insisté sur le fait que la campagne numérique était connue des services. La défense d'Abdelhakim Sefrioui avance sur deux axes, l'un visant à prouver la bonne foi de Sefrioui, et l'autre à questionner la culpabilité sans conscience d'un projet d'attentat.
Deux proches d'Anzorov sont également jugés avec Sefrioui et Chnina. Ils avaient été condamnés à seize ans de réclusion pour complicité d'assassinat. Le verdict de cette affaire est attendu le 28 février.
Le témoignage de Laurent Nuñez soulève des questions cruciales sur la responsabilité et la sécurité dans le contexte d'une campagne de haine. Les implications légales et morales de cette affaire continueront d'être débattues, alors que le verdict approche. La cour devra prendre en compte ces éléments pour rendre sa décision.