
Le Canada a choisi un virage net vers les hydrocarbures. Jeudi, le Premier ministre Mark Carney a signé un protocole d’entente avec l’Alberta pour lancer la construction d’un nouvel oléoduc qui traversera la province jusqu’aux côtes de la Colombie‑Britannique, vers un nouveau port en eau profonde. L’objectif affiché : accroître les exportations de pétrole vers l’Asie et réduire la dépendance aux marchés américains, une réponse assumée à la guerre commerciale menée par Donald Trump.
Pour Mark Carney, élu en avril dernier, c’est la pièce maîtresse d’une stratégie économique ambitieuse — faire du Canada une « superpuissance énergétique ». « C’est un grand jour pour le Canada », a-t‑il déclaré, promettant un pays « plus indépendant, plus résilient et plus fort ». À ses côtés, la Première ministre conservatrice de l’Alberta, Danielle Smith, a salué la fin d’une décennie « extrêmement difficile » pour sa province riche en sables bitumineux, affirmant que l’accord permettra de lever « des lois qui pèsent sur le climat d’investissement ». Ce revirement marque une rupture nette avec les politiques du précédent gouvernement libéral de Justin Trudeau.
Le prix politique est déjà payé. Le Canada a annoncé renoncer au plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier, mesure qui n’était pas encore entrée en vigueur. Le ministre de la Culture Stephen Guilbeault — ancien ministre de l’Environnement sous Justin Trudeau et figure connue du militantisme écologique — a présenté sa démission, dénonçant « une très grave erreur » et estimant que le projet pourrait avoir « des impacts environnementaux majeurs ».
Ces réactions reflètent une fracture dans le camp qui a porté historiquement les engagements climatiques du pays. Pour tenter de calmer les critiques, Mark Carney a promis de lancer « le plus grand projet de captage de carbone au monde ».
Mais la capture et stockage du carbone reste débattue : ses partisans la voient comme une nécessité technique, ses détracteurs y voient une excuse pour prolonger l’exploitation des fossiles. Le GIEC considère le captage comme une option possible pour réduire les émissions, mais pas comme un laissez‑passer pour augmenter la production.
Le protocole signé prévoit qu’une proposition formelle pour l’oléoduc soit prête d’ici juillet 2026. Viendra ensuite la partie politique la plus lourde : consultations publiques, évaluations environnementales et, surtout, l’examen par les communautés autochtones locales, qui se sont déjà dites opposées au projet. Le calendrier et la mise en œuvre de ces consultations détermineront si ce pari sur l’exportation vers l’Asie deviendra la promesse de renouveau économique vantée par Carney ou un dossier qui fragilise durablement la cohésion politique et les engagements climatiques du pays.
Le ministre de la Culture Stephen Guilbeault a présenté sa démission.