
Dans un moment à la fois inattendu et parfaitement maîtrisé, Jim Carrey a reçu le César d'honneur et déroulé un discours en français qui a soulevé la salle, touchant autant qu'il a fait sourire. Après des décennies à naviguer entre la farce et la tragédie — de The Mask à Eternal Sunshine of the Spotless Mind — l'acteur américain a offert une séquence de classe qui restera l'une des images fortes de la soirée.
La 51e cérémonie des César s'est tenue à l'Olympia, à Paris, et a débuté à 20h30 dans une atmosphère à la fois festive et contenue. Présidée par Camille Cottin, la soirée a su alterner hommages, élégance et un sens aigu du rythme pour ne pas perdre de vue le principal : célébrer le cinéma.
En tête des nominations et grand gagnant de la nuit, Richard Linklater est reparti avec le César de la meilleure réalisation pour Nouvelle Vague, un film-événement qui puise son inspiration dans les débuts de Godard. Le film n'a pas seulement séduit la critique : il a aussi raflé plusieurs prix techniques — photographie, costumes et montage — confirmant qu'il a convaincu tant par sa vision que par son exécution.
La soirée a alterné moments de dérision et instants de gravité, souvent avec une étonnante fluidité. Ainsi, Isabelle Adjani, venue remettre le trophée du meilleur acteur, a demandé aux hommes présents de se lever « pour toutes les femmes victimes de violences à travers le monde », coupant court aux rires et provoquant une émotion palpable. De son côté, Jean Dujardin a assuré la remise du prix de la meilleure actrice, dans un registre plus léger mais non moins solennel.
Le César du meilleur acteur a été attribué à Laurent Lafitte pour son interprétation de Pierre-Alain Fantin dans La Femme la plus riche du monde de Thierry Klifa, personnage inspiré du photographe Pierre‑Marie Bannier et de l'affaire Bettencourt. Ému, Lafitte a partagé un souvenir d'enfance en confiant : « Il y a quelques années, je m'endormais sous vous jupes, sous une affiche de "L'Été meurtrier" que j'étais allé voler dans mon cinéma de quartier. Je suis bouleversé que vous remettiez ce prix ce soir. »
Pour son incarnation d'Emillia dans L'Attachement, Vimala Pons a décroché le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Entre humour et douleur, elle a d'abord jubilé, puis livré une pensée sur le deuil et la vie : « J'ai toujours rêvé d'avoir ce trophée pour la meilleure femme secondaire ! » avant d'ajouter, au sujet du film, « Il faut vivre deux fois plus pour tout ce qu'on n'a pas eu, et quatre fois plus pour tous ceux qu'on a perdus. »
Les compositeurs et réalisateurs de formats courts n'ont pas été oubliés : Arnaud Toulon a reçu le César de la meilleure musique originale pour Arco de Ugo Bienvenu, tandis que le prix du meilleur court-métrage documentaire est allé à Au bain des dames de Margaux Fournier, une chronique tendre d'une bande de retraitées sur la plage.
Par ailleurs, le documentaire Le Chant des forêts de Vincent Munier a remporté le César du meilleur documentaire, ajoutant à sa récompense technique — le trophée du son — une reconnaissance qui souligne la finesse et la dimension immersive du film.
De la standing ovation pour les figures établies aux ovations plus discrètes pour les artisans du cinéma, la cérémonie a su trouver un équilibre entre nostalgie, politique du cœur et glamour. En effet, entre hommages et clins d'œil, elle a proposé un reflet, parfois bancal mais souvent sincère, de l'année cinématographique.
En somme, cette édition des César aura offert des images marquantes — de Jim Carrey parlant français à des discours engagés — et confirmé que la fête du cinéma peut être à la fois brillante, humaine et profondément émouvante.