
Mohamed Hamdan Dagolo, surnommé Hemedti, est devenu une figure incontournable de la scène politique soudanaise. À la tête des Forces de soutien rapide (RSF), il contrôle désormais la moitié du pays. Son ascension fulgurante est marquée par des victoires militaires et une réputation controversée.
Hemedti est issu d'une famille modeste de la communauté Rizeigat, connue pour son élevage de chameaux. Né en 1974 ou 1975, son enfance a été marquée par les conflits qui ont poussé sa famille à fuir vers le Darfour. Dans les années 2000, il a commencé à gagner de l'argent en trading de chameaux entre le Soudan, la Libye et l'Égypte.
À cette époque, le Darfour était une région délaissée par le gouvernement. Les milices arabes, connues sous le nom de Janjaweed, ont commencé à attaquer les villages des groupes ethniques autochtones, ce qui a conduit à une rébellion en 2003. Hemedti a rapidement pris les rênes de son unité, devenant un acteur clé dans le conflit.
Les atrocités commises par les Janjaweed ont provoqué une indignation internationale. Hemedti a été impliqué dans plusieurs attaques, dont celle du village d'Adwa, où 126 personnes ont été tuées. Un rapport a même qualifié ces actions de génocide, entraînant des poursuites au niveau international.
Malgré cela, Hemedti a su naviguer habilement dans le paysage politique. En 2013, il a été nommé à la tête des RSF, intégrant les Janjaweed dans cette nouvelle force paramilitaire. Cela lui a permis de renforcer son pouvoir et d'étendre son empire commercial, notamment dans l'exportation de l'or.
Les RSF ont initialement été des alliés de l'armée soudanaise, mais des tensions sont rapidement apparues. Hemedti a profité de l'engagement de l'armée soudanaise au Yémen pour négocier des contrats privés avec l'Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, fournissant des mercenaires RSF.
Cette alliance a renforcé sa position, mais a aussi conduit à des conflits avec le chef de l'armée, Abdel Fattah al-Burhan. En avril 2023, des tensions ont éclaté, menant à des combats ouverts entre les RSF et l'armée. Les violences se sont intensifiées, notamment à Khartoum et au Darfour, où des massacres ont été signalés.
Le conflit a causé des souffrances immenses. Des milliers de civils ont perdu la vie, et des millions ont été contraints de fuir leurs foyers. Les RSF, sous le commandement d'Hemedti, ont été accusés de crimes de guerre et d'atrocités, y compris des viols et des exécutions sommaires.
Malgré les accusations, Hemedti continue de maintenir son emprise sur le pouvoir. Les RSF ont acquis des armes modernes, y compris des drones, et ont intensifié leurs opérations militaires. Hemedti semble déterminé à construire une coalition politique, tout en consolidant son contrôle sur les ressources économiques du pays.
Hemedti se positionne comme un acteur clé du Soudan, naviguant entre opportunisme et ambitions politiques. Alors que le pays est plongé dans le chaos, son avenir reste incertain. Les conséquences de son ascension pourraient redéfinir la dynamique politique et sociale du Soudan pour les années à venir.