
Un Airbus militaire espagnol a décollé ce matin avec pour mission de rapatrier une partie des quelque 30 000 Espagnols coincés dans le Golfe Persique, mais sur place la scène ressemble davantage à un brouillard d’informations qu’à une opération parfaitement orchestrée.
Le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a annoncé l’envoi d’un Airbus A330 MRTT de l’Armée de l’Air pour une "évacuation aérienne de civils depuis le Golfe Persique".
Le ministère de la Défense a confirmé le décollage depuis la base de Torrejón de Ardoz : rattaché à l’Ala 45, l’appareil pourrait ramener environ 250 personnes. Sur TVE, José Manuel Albares a qualifié l’intervention "d’une des opérations les plus difficiles et les plus délicates que nous allons mener" et a assuré que le dispositif "se déroule bien", tout en refusant de fournir des détails pour des raisons de sécurité.
Pourtant, le vécu des Espagnols à Dubaï et dans la région dément parfois le récit officiel. Sur place, Amaya Ortiz, résidant temporairement à Dubaï, raconte avoir appelé l’ambassade d’Espagne aux Émirats arabes unis pour vérifier le passage de l’avion via Oman et avoir reçu une réponse désarmante : "Si les médias le disent... ce sera vrai ?".
Elle ajoute qu’on lui a admis ne pas savoir "ce que fait l’ambassade d’Oman". "Je leur ai reproché leur réponse vague", dit-elle, et s’étonne qu’avec plus de 30 000 compatriotes concernés, les légations ne semblent pas coordonnées et paraissent ignorer les actions du gouvernement.
Face aux critiques, le gouvernement assure multiplier les canaux d’action : utiliser des routes terrestres lorsque l’espace aérien est fermé et conclure des accords avec des compagnies commerciales pour garantir des places aux passagers déjà titulaires d’un billet.
Il rappelle aussi que, parmi les quelque 31 000 Espagnols présents au Proche-Orient, tous ne souhaitent pas partir — priorité étant donnée aux personnes de passage et aux plus vulnérables — et admet que l’évacuation par mer est pratiquement exclue à cause de la situation dans le détroit d’Ormuz.
Le contraste entre les annonces et la réalité alimente une forte frustration : "Nous nous sommes informés par la presse avant d’avoir des nouvelles de l’ambassade", insiste Amaya Ortiz, et d’autres compatriotes rapportent le même sentiment d’abandon.
Les témoignages font état de lignes téléphoniques saturées, d’une absence d’astreinte 24 heures sur 24 et, parfois, d’un manque total d’interlocuteur — y compris auprès de l’ambassade d’Oman, d’où certaines opérations de rapatriement seraient coordonnées. "On ne demande pas des miracles", conclut Amaya, "mais au moins qu’on ne vous raccroche pas au nez parce qu’ils n’ont pas d’informations et qu’ils sont débordés."
La désinformation et les consignes contradictoires amplifient l’inquiétude. C’est ce que témoigne Antonio, un Malaguène bloqué à Dubaï avec trois autres personnes : selon lui, "certains disent que la situation va empirer et qu’il faut partir coûte que coûte ; d’autres affirment de rester, que cela se réglera vite."
Si le ministère assure un contact permanent avec les gouvernements de la région, pour des milliers d’Espagnols l’urgence demeure l’accès à une information claire et à une assistance continue — éléments qui, pour l’instant, font défaut et entretiennent l’incertitude.
En définitive, alors que les moyens semblent mobilisés, la réussite de l’opération dépendra autant de la logistique que d’une communication plus fiable et coordonnée, capable d’apaiser les craintes et d’apporter des réponses concrètes aux Espagnols bloqués dans le Golfe Persique.