
C’est une affaire qui trouble les coulisses d’un des syndicats policiers les mieux implantés du Royaume‑Uni : trois membres du conseil de la Police Federation of England and Wales ont été arrêtés, soupçonnés de fraude par abus de position.
Les gardes à vue interviennent au terme d’une série d’enquêtes et d’opérations menées par la City of London Police, qui ont braqué les projecteurs sur la gouvernance et les circuits financiers de l’organisation.
La progression de l’enquête a culminé lors d’une série de perquisitions effectuées par la Domestic Corruption Unit de la City of London Police : des saisies ont été réalisées au siège de la fédération, Federation House à Leatherhead (Surrey), ainsi que dans des logements situés au pays de Galles, dans le Somerset et à Londres.
Selon des sources policières, trois hommes ont été placés en détention mercredi matin : un quadragénaire de 46 ans originaire du Surrey, un homme de 51 ans venu du pays de Galles et un quinquagénaire de 55 ans domicilié à Bristol, tous interrogés dans le cadre d’une enquête pour fraude par abus de position.
Parmi les personnes arrêtées se trouve le directeur général de la fédération, Mukund Krishna, dont la présence au cœur du dossier ajoute une dimension politique à l’enquête. Il est recherché dans le cadre de l’opération baptisée « Kuat ».
La rémunération de Mukund Krishna atteignait 701 000 £ en 2025, incluant salaire et primes, un niveau qui a suscité de vives controverses puisqu’il dépasse de plus du double le salaire du commissaire de la Metropolitan Police, Sir Mark Rowley, et qu’il est plus de quatre fois supérieur à celui du Premier ministre, Sir Keir Starmer. The Times a même qualifié ce montant de plus élevé parmi les patrons d’associations et syndicats britanniques.
Le chef de l’enquête, le Detective Superintendent James Halkett, a résumé la situation avec prudence : « La City of London Police Domestic Corruption Unit mène une enquête pénale sur des allégations de fraude visant trois individus liés à la Police Federation of England and Wales. » Il a ajouté que l’enquête, qualifiée de « complexe et active », poursuivait toutes les pistes et invité toute personne disposant d’informations à se manifester.
Les enquêteurs n’examinent pas seulement des incidents isolés ; ils questionnent des personnes actuellement ou anciennement affiliées à la fédération et ayant occupé des responsabilités dans sa gouvernance, ce qui pourrait conduire au cœur des décisions et des flux financiers de l’organisation.
Ce scandale survient alors que le directeur général était déjà sous le feu des critiques. En janvier, la Haute Cour a jugé qu’il avait eu tort de suspendre deux élus après des commentaires sur la question raciale, décision qui avait accru les appels à sa démission.
La période précédente avait été marquée par plusieurs affaires : en octobre 2024, Rick Prior, ancien président de la Met Police Federation, avait d’abord été sanctionné pour avoir expliqué que certains membres craignaient de confronter des citoyens par peur d’être traités de racistes, puis licencié après une plaisanterie sur la Corée du Nord. Parallèlement, Richard Cooke avait été écarté de la présidence de la West Midlands Police Federation après un message en ligne contestant que sa force soit « institutionnellement raciste ». Ces épisodes avaient déjà fragilisé la direction et alimenté le débat sur la culture interne du syndicat.
Contactée, la Police Federation a livré une réponse sobre et mesurée : « Nous sommes conscients que trois individus liés à la Police Federation ont été arrêtés dans le cadre d’une enquête policière en cours. Il s’agit d’une affaire en cours et il serait inapproprié de commenter davantage à ce stade. L’organisation coopère pleinement avec les autorités concernées. Notre priorité demeure de poursuivre le travail de la fédération et de représenter nos membres à travers l’Angleterre et le pays de Galles. »
De son côté, la Met Police Federation a indiqué qu’elle s’abstiendrait de tout commentaire supplémentaire tant que les procédures judiciaires se poursuivent, précisant qu’elle suivait la situation « au nom de nos 31 000 membres ».
La Domestic Corruption Unit a enfin lancé un appel aux anciens et actuels employés, représentants ou tout membre du public disposant d’informations pertinentes, en les invitant à se manifester via son portail public dédié aux incidents majeurs. L’enquête se poursuit et les autorités cherchent à établir l’ampleur et la nature exacte des allégations.
Alors que la fédération affirme vouloir maintenir son service aux policiers, l’affaire Kuat devrait continuer d’alimenter les débats sur la transparence et la gouvernance au sein des organisations représentant les forces de l’ordre.