
René Mayrhofer, le patron de la sécurité d’Android, a claqué la porte de Google après neuf ans. Dans une lettre d’adieu rendue publique, il dit sans fard que « la direction a perdu toute boussole morale » et explique pourquoi il ne peut plus être le visage de la sécurité et de la vie privée au sein de l’entreprise.
Ancien professeur et chercheur en sécurité mobile, Mayrhofer a rejoint Google en 2017 pour diriger la sécurité de la plateforme Android. À l’époque, Google lui semblait proche des valeurs académiques : logiciel majoritairement open source, culture interne ouverte, et des engagements publics — comme les principes éthiques sur l’IA publiés en 2018 — qui excluaient explicitement le développement d’armes destinées à blesser des personnes.
Il rappelle aussi avoir signé la lettre ouverte de 2018 contre certains contrats militaires, convaincu qu’il travaillait « pour le bien public ».
Le basculement, selon lui, s’est opéré par étapes. Là où il voyait autrefois transparence et garde-fous, il constate aujourd’hui « l’effacement progressif » de ces principes. Le motif récurrent de sa démission : des rapprochements avec des projets à visée militaire, des coopérations qui ouvrent la porte à des usages de surveillance — y compris concernant des citoyens européens — et une dilution des règles éthiques qui, auparavant, limitaient ce que l’entreprise accepterait de développer.
Ce qui l’a rendu intenable, écrit-il, ce n’est pas un seul contrat mais la logique organisationnelle qui permet ces choix. Quand une entreprise se met à prioriser opportunités stratégiques et revenus au détriment des limites morales qu’elle affichait, expliqua-t-il, le rôle de gardien de la sécurité perd de son sens. Impossible alors d’être l’interlocuteur pour la protection des utilisateurs quand la direction redéfinit ce qu’elle juge acceptable.
René Mayrhofer a démissionné de Google après neuf ans. Il était responsable de la sécurité de la plateforme Android.
Sa sortie pose une question simple et gênante : peut-on continuer à faire confiance à une plateforme mondiale si ses responsables techniques ne reconnaissent plus les engagements éthiques de l’entreprise ? Pour des centaines de millions d’utilisateurs d’Android, la réponse dépendra désormais des décisions prises au sommet — et de la capacité des ingénieurs à imposer des limites internes.