
Entre 600 000 et 1 million de foyers iraniens — jusqu’à 3,2 millions de personnes — sont temporairement déplacés à l’intérieur de l’Iran depuis le début du conflit. Le 1er mars, des débris d’un missile intercepté ont frappé le terminal de Jebel Ali, provoquant un incendie à dix minutes de l’International Humanitarian City (IHC) de Dubaï.
La rupture n’est pas seulement humaine : elle touche le cœur logistique du secours mondial. En vingt ans, l’IHC est devenu la plaque tournante des opérations d’urgence, coordonnant acheminement et stockage à faible coût pour les ONG et agences onusiennes.
Or aujourd’hui, le complexe et le port voisin croulent sous les conséquences directes des combats et des contrôles : l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) signale une surcharge d’urgence de 3 000 dollars par conteneur, et le Programme alimentaire mondial (PAM) avertit que les tensions sur les chaînes d’approvisionnement font grimper le coût des opérations vitales.
Pendant que des millions attendent nourriture et abri, des conteneurs pleins d’aide restent bloqués à Dubaï. Les routes maritimes et les assurances s’ajustent en temps réel : plus de risques, plus de frais, moins de capacité opérationnelle.
Au Liban, plus de 300 000 personnes se retrouvent sans domicile, et les centres d’accueil débordent. Dans des crises lointaines — Soudan, Myanmar — l’onde de choc financière augmente le prix des programmes humanitaires : carburant, transport, stockage, voire sécurité des équipes sur le terrain.
Le conflit déclenche aussi des chocs de marché qui menacent d’empirer la crise humanitaire. Premièrement, la hausse des prix du pétrole et la volatilité des marchés énergétiques renchérissent tous les coûts logistiques.
Deuxièmement, la dépréciation des monnaies locales réduit le pouvoir d’achat et la portée des financements en devises étrangères. Troisièmement, la perturbation des approvisionnements en engrais, déjà fragile depuis des années, risque d’aggraver les pénuries alimentaires à moyen terme — moins de récoltes, des prix qui s’envolent, des populations plus vulnérables.
Pour les agences humanitaires, le calcul est simple et brutal : plus la logistique coûte cher et devient risquée, moins l’assistance atteint ceux qui en ont besoin. Le HCR adapte ses services en Iran et demande la protection des civils, le maintien des accès humanitaires et l’ouverture des frontières pour les personnes cherchant refuge.
Mais ces appels heurtent la réalité opérationnelle d’un système sous-financé, dépendant d’un hub unique qui vacille. Il ne s’agit plus seulement d’envoyer des caisses de nourriture. Il faut repenser les routes, diversifier les hubs, et financer d’urgence des stocks prépositionnés dans plusieurs régions. Tant que Dubaï — et Jebel Ali en particulier — reste un goulet d’étranglement, l’aide mondiale restera à la merci des lignes de feu et des fluctuations du marché.