
Dans un message publié lundi soir sur Facebook, Kim Yong-beom a suggéré que les recettes fiscales générées par le secteur des puces dédiées à l’intelligence artificielle soient redistribuées aux citoyens sous forme de « dividende citoyen ». Son argument : les super‑profits actuels reposent sur un socle industriel que la Corée a bâti collectivement pendant cinquante ans. L’annonce a fait l’effet d’un électrochoc : le Kospi a plongé de 5,1 % en séance avant de limiter la casse à −2,3 % à la clôture.
Kim a rapidement tempéré ses propos, précisant qu’il visait le surplus de recettes fiscales et non une ponction directe sur les bénéfices des entreprises. Un responsable gouvernemental a confirmé à Bloomberg qu’aucun projet institutionnel n’était à l’étude et que ces déclarations relevaient d’une initiative personnelle. Néanmoins, la proposition a ravivé des tensions déjà vives entre grands groupes et syndicats.
La sortie intervient au cœur d’une négociation explosive chez Samsung, où le principal syndicat réclame 15 % du bénéfice opérationnel en primes de performance, la suppression du plafond actuel de redistribution et une hausse salariale de 7 %. Après onze heures de discussions infructueuses lundi à la Commission nationale des relations du travail de Sejong, les pourparlers ont repris mardi sans percée. Samsung affirme avoir proposé des conditions plus favorables que celles offertes à SK Hynix ; le syndicat refuse, exigeant un mécanisme de partage permanent et institutionnalisé.
La date butoir est le 21 mai : sans accord, une grève générale de 18 jours paralyserait les usines jusqu’au 7 juin. En avril, un arrêt d’une seule journée avait fait chuter la production en fonderie de 58 % sur le quart de nuit concerné. Les analystes estiment qu’un mouvement prolongé coûterait entre 6,9 et 11,7 milliards de dollars en pertes de production.
Samsung table sur un bénéfice opérationnel prévisionnel de 330 000 milliards de wons (220 milliards de dollars) pour 2026. L’impôt sur les sociétés combiné de Samsung et SK Hynix pourrait à lui seul dépasser les 100 000 milliards de wons, soit l’intégralité des recettes nationales d’impôt sur les sociétés prévues pour 2026. Ces chiffres expliquent pourquoi l’idée d’un partage plus large des retombées de l’IA fait réagir tous les acteurs — marchés, syndicats et gouvernement.
Le gouvernement dispose d’un levier exceptionnel : l’article 76 du droit du travail permet au ministre du Travail d’ordonner un arbitrage d’urgence suspendant toute grève pendant 30 jours. Ce mécanisme n’a été activé que quatre fois depuis 1969. Le ministère a indiqué mardi ne pas avoir entamé d’examen de cette option.
Au final, la proposition de dividende citoyen a servi de révélateur. Elle n’a pas seulement secoué la Bourse ; elle a mis en lumière un dilemme concret : comment partager des gains spectaculaires issus d’une industrie reposant sur cinquante ans d’investissement public et privé, sans écraser l’investissement futur ni provoquer une rupture industrielle ? Les réponses restent à trouver — et le calendrier est serré.