
António Costa pense que la Hongrie débloquera le prêt de 90 milliards d'euros à l'Ukraine — peut‑être seulement après ses élections du 12 avril. Le président du Conseil européen a laissé entendre, lors d'une allocution à Sciences Po, que le veto de Budapest porté par Viktor Orbán sert avant tout d'outil électoral.
Le 18 décembre, les autres États membres avaient adopté le prêt à l'unanimité formelle. Le 12 avril, la Hongrie tient des élections législatives.
Costa ne cache pas son exaspération mais ménage la démocratie hongroise : « Les Hongrois sont libres de choisir leur futur gouvernement », a‑t‑il rappelé, avant d'ajouter que « ce qui aujourd'hui est une arme électorale cesse d'être utile après les comices ». Son message est simple — et ferme : la décision d'accorder le crédit a déjà été prise ; il ne manque plus que l'implémentation formelle, qui exige l'accord de tous les États membres.
Sur le fond juridique, Costa a insisté sur une nuance importante. Le traité de l'Union impose l'unanimité, a‑t‑il expliqué, mais cela n'octroie pas à un État un « droit de veto absolu » ; cela crée surtout « un devoir spécial » pour chaque membre de chercher une décision commune et de coopérer loyalement. Ainsi, l'exceptionnel pouvoir de blocage doit être manié comme une responsabilité, pas comme un levier purement partisan.
Politiquement, la ligne d'Orbán est claire et assumée : Budapest justifie son refus par des accusations contre l'Ukraine, notamment un prétendu sabotage du transit de pétrole via l'oléoduc Druzhba. Dans plusieurs capitales européennes, cette position suscite de l'inquiétude, car le retard sur le versement des fonds fragilise l'aide à Kiev et creuse une fissure dans l'unité du bloc.
Costa a donc mêlé critique et attente : il a dénoncé l'utilisation politique du dossier tout en espérant que la Hongrie « ne se rétractera pas », formulation qu'il a nuancée en concédant que le déblocage pourrait intervenir « peut‑être seulement après le 12 avril ». Sa posture reflète la tension habituelle : respecter le jeu démocratique national tout en préservant la solidarité européenne en période de crise.