
Un tribunal d’appel fédéral a soumis jeudi à un examen serré les décrets du président M. Trump visant plusieurs des plus grands cabinets d’avocats du pays — Perkins Coie, WilmerHale, Jenner & Block et Susman Godfrey — qui disent avoir été visés parce qu’ils défendent ses opposants politiques. Les directives présidentielles cherchent à fragiliser ces cabinets en limitant leurs contrats gouvernementaux, les habilitations de sécurité de leurs employés et leur accès aux bâtiments publics.
La cour d’appel du circuit de Washington a examiné jeudi si M. Trump avait agi dans les limites de son autorité. Plusieurs juges fédéraux à Washington ont déjà annulé ces ordres comme contraires à la loi.
Devant un panel de trois juges, le Département de la Justice a défendu la mesure en soutenant que l’association commerciale d’un cabinet — y compris les avocats qu’il embauche — n’est pas une « conduite » protégée par la Constitution. L’avocat du DOJ, Abhishek Kambli, a aussi averti que rejeter cet argument pourrait produire des « second- and third‑order effects » assez radicaux, expression qu’il a utilisée pour évoquer des conséquences larges et imprévisibles.
En face, la défense n’a pas cédé. L’avocat Clement a expliqué que permettre à la présidence d’écarter des cabinets sur de simples critères politiques reviendrait à anéantir le processus en treize facteurs utilisé pour décider des habilitations de sécurité et à le remplacer par la parole présidentielle seule.
« Ces décrets mettent à nu les motifs du président », a-t‑il déclaré. « Mon adversaire, à son crédit, n’a pas cligné des yeux, mais c’est bien ce que ça signifie d’aller aussi loin. »
Plusieurs juges ont paru sceptiques face à l’argument gouvernemental. Le juge en chef Sri Srinivasan et la juge Cornelia Pillard, tous deux nommés par Barack Obama, ont posé des hypotèses pour tester la logique : que se passerait‑il si le président visait non des cabinets mais des groupes religieux, des Américains d’origine asiatique ou un parti politique ?
Pillard a offert un exemple concret : si les deux parties — gouvernement et cabinets — achètent leurs fournitures chez Staples, le détaillant serait‑il contraint de choisir ? « La divulgation n’est que le mécanisme… pour pénaliser les cabinets », a dit Srinivasan.
La juge Neomi Rao, nommée par M. Trump, a poussé la défense sur la question du périmètre présidentiel pour les habilitations : si le président peut refuser des autorisations à des partisans du Hamas ou du Hezbollah, pourquoi ne pourrait‑il pas le faire pour d’autres opinions ?
Clement a répondu sans détour : « J’espère qu’il le fait, franchement. » Rao a répliqué : « Si le président peut faire ce genre de distinctions de point de vue, pourquoi pas d’autres ? »
Le débat montre que l’affaire est loin d’être technique : elle pose une question simple et lourde de conséquences — qui définit la frontière entre la sécurité nationale et le pouvoir discrétionnaire du président. Les juges vont maintenant décider si cette frontière a été franchie.