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La Cour suprême interroge les deux camps sur le décret de Trump sur la citoyenneté de naissance

La Cour suprême des États-Unis, juges en robe noire, devant le bâtiment à Washington, drapeau américain.

Quand Jackson reconnaît le point d'Alito sur la portée du droit du sol

La juge Ketanji Brown Jackson a surpris l'audience mercredi en concédant que son collègue, le juge Samuel Alito, « fait un bon point » au sujet de l'arrêt U.S. v. Wong Kim Ark et de la portée du droit du sol. Le débat, mené devant la Cour suprême lors d'une audience sur la citoyenneté à la naissance, opposait en réalité deux analyses historiques de ce vieux précédent.

L'explication pragmatique d'Alito sur la perception des migrants au XIXe siècle

Alito a proposé une explication pragmatique : dans le contexte de la fin du XIXe siècle, de nombreux migrants — hommes exploités sur le chemin de fer transcontinental ou dans les mines — étaient perçus comme temporaires, sans foyer permanent. Selon lui, le juge Gray aurait donc insisté sur la notion de « domicile » pour rendre le jugement plus acceptable au public hostile aux immigrants chinois. « Il se peut que Gray ait souligné le domicile pour aider l'opinion publique à accepter la décision », a dit Alito en substance.

La réfutation de Cecillia Wang et l'ancrage dans la common law

Cette interprétation a d'abord été rejetée par Cecillia Wang, directrice juridique de l'ACLU, qui a rappelé que la règle contrôlante reposait sur la common law anglaise et une lignée de décisions antérieures. « Non, juge Alito, je ne pense pas que ce soit une explication plausible », a-t-elle affirmé, insistant sur le fait que l'accent sur le domicile n'était pas nécessairement la règle de droit mais un élément d'analyse ancré dans la jurisprudence.

Jackson prolonge l'hypothèse d'Alito et Wang reconnaît des indices

Pourtant, Jackson a prolongé l'idée d'Alito : il est plausible que Gray ait modulé son argumentation pour calmer les réticences publiques à l'époque. Wang a fini par concéder qu'il existait des indices pour soutenir cette hypothèse — notamment le mémoire du gouvernement auprès de la Cour suprême qui soutenait qu'il était impossible, selon les préjugés courants, que les immigrants chinois aient un domicile. « Il y avait une opinion commune selon laquelle les Chinois étaient des séjournants temporaires », a reconnu Wang, ajoutant que cela pourrait expliquer le choix rhétorique du juge Gray.

U.S. v. Wong Kim Ark : règle figée ou compromis rhétorique ?

L'affaire U.S. v. Wong Kim Ark (1898) a établi le principe du droit du sol dans la jurisprudence américaine. La question au cœur du débat est de savoir si la mention du « domicile » dans cet arrêt relevait d'une règle juridique fixe ou d'un artifice rhétorique destiné à apaiser une opinion publique hostile aux immigrants chinois.

Ce qui semblait une querelle d'érudits historiques a donc pris un tour politique : réinterpréter Wong Kim Ark aujourd'hui, c'est décider combien de place l'histoire sociale et les préjugés de l'époque doivent avoir dans l'interprétation d'un droit constitutionnel toujours central dans les débats sur l'immigration.

Publié le : 1 avril 2026
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