
Au terme d’un sommet de la Communauté caribéenne (Caricom) à Saint‑Kitts‑et‑Nevis, le chef de la diplomatie américaine a livré un message sans ambiguïté : « Cuba doit changer radicalement, car c’est sa seule chance d’améliorer la qualité de vie de sa population. » En soulignant la responsabilité des autorités cubaines dans la « souffrance » qui frappe l’île, il a voulu mettre la pression politique sur La Havane tout en appelant à des réformes profondes.
Parallèlement aux reproches, Washington a desserré une contrainte économique importante : le ministère américain des Finances a autorisé la revente et l’acheminement de pétrole d’origine vénézuélienne vers le secteur privé à Cuba, à la stricte condition que ces transactions bénéficient « au peuple » et non au régime de La Havane. Ainsi, l’administration offre une bouffée d’oxygène contrôlée, mais encadre fermement son usage.
Le message livré à la région était sans équivoque : « Si nous surprenons le secteur privé à jouer au chat et à la souris et à détourner ces marchandises vers le régime ou vers des entreprises (contrôlées par l’armée)…, ces licences seront annulées », a averti Marco Rubio, mêlant ouverture et menace dans une même stratégie.
Depuis janvier, les États‑Unis appliquent un blocus énergétique à Cuba, invoquant la « menace exceptionnelle » que représenterait, selon eux, l’île communiste située à seulement 150 km des côtes de la Floride. Ce cadre pèse sur l’économie cubaine et explique en partie la sensibilité régionale autour des livraisons de carburant.
Le déplacement du secrétaire d’État a coïncidé avec un incident dramatique en mer : alors que l’élu quittait la salle, les autorités cubaines ont annoncé que quatre occupants d’un bateau immatriculé en Floride avaient été abattus et six autres blessés lors d’un échange de tirs avec des gardes‑frontières. Marco Rubio s’est dit prêt à « réagir en conséquence », tout en refusant de « spéculer » sur les circonstances, traduisant la volonté de Washington de rester sur ses gardes sans envenimer immédiatement la situation.
Du côté de La Havane, la position est nette : le ministère de l’Intérieur affirme qu’il s’agissait d’une « vedette rapide neutralisée, immatriculée en Floride sous le numéro FL7726SH », transportant dix personnes armées qui, selon « les déclarations préliminaires des détenus », prévoyaient une « infiltration à des fins terroristes ». Cette présentation alimente la défiance et complique toute conciliation rapide.
Ce dossier a attisé les craintes au sein de la Caricom : plusieurs dirigeants ont mis en garde contre un risque de contagion et rappelé la nécessité de contenir les tensions. De fait, le Premier ministre jamaïcain, Andrew Holness, a averti qu’une nouvelle détérioration « aurait un impact sur la stabilité dans les Caraïbes » et a souligné que « la souffrance humanitaire ne sert personne ». Ces mots ont fait écho à des réponses concrètes : Ottawa a ainsi annoncé débloquer 5,8 millions de dollars d’aide humanitaire à Cuba.
Le thème vénézuélien a largement dominé les échanges diplomatiques. Sans préciser de calendrier, Marco Rubio a réclamé la tenue « d’élections justes et démocratiques » et a défendu l’intervention américaine dans la région. Le texte du sommet rappelle qu’« depuis la capture de Nicolás Maduro lors d’une opération militaire américaine le 3 janvier », Washington a commencé une normalisation des relations avec Caracas et la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, tout en cherchant à sécuriser l’accès au pétrole vénézuélien—aussi crucial pour plusieurs îles de la région, y compris Cuba.
En marge du sommet, le secrétaire d’État a rencontré le nouveau Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils‑Aimé, récemment revenu au pouvoir après près de deux ans de conseil de transition. Ce retour, soutenu par les États‑Unis, survient alors que Port‑au‑Prince peine à endiguer la violence des gangs et à organiser des élections, plaçant la sécurité au cœur des priorités régionales.
Sur la création d’une force antigang, Washington se dit « très satisfait des engagements que nous avons obtenus en termes de personnel », tout en reconnaissant la nécessité d’« faire un peu mieux en matière de financement » et de convaincre d’autres pays donateurs d’apporter leur concours.
Entre pressions diplomatiques, ouvertures contrôlées sur le pétrole et tensions autour d’incidents maritimes, Washington multiplie les leviers dans les Caraïbes. Les dirigeants de la région demandent, quant à eux, des réponses qui préviennent l’escalade plutôt que d’en provoquer une, privilégiant la stabilité et l’aide humanitaire face à des choix géopolitiques lourds de conséquences.