
Pablo Echenique commence à Madrid pour un tuit jugé « discours de haine » contre l’Église. La plainte, déposée par la Fundación Abogados Cristianos, réclame un an de prison et six mois d’amende ; le parquet, lui, a demandé l’acquittement.
Le procès se tient à l'Audiencia Provincial de Madrid. Le tweet a été publié le 10 mai 2024.
Tout part d’un message publié sur X dans lequel l’ex-secrétaire d’organisation de Podemos commentait des propos de l’archevêque d’Oviedo, Jesús Sanz Montes, qui avait affirmé : « Dans cette ouverture bien-pensante, il peut nous rentrer des gens qui sont indésirables. » Echenique a riposté, en ces termes : « Statistiquement, il est beaucoup plus probable qu’un prêtre commette une agression sexuelle sur mineur qu’une personne migrante. Du point de vue de la sécurité citoyenne, il serait plus efficace de déporter des prêtres que d’alourdir la politique migratoire. »
Pour Abogados Cristianos, ce message n’est pas isolé : il s’inscrit selon la fondation dans une « constante » d’attaques et de discours de haine envers l’Église — jusqu’à des appels à la dissolution de l’Église catholique en Espagne. Sur cette base, elle a invoqué l’article 510 du Code pénal (provocation à la discrimination et à la haine) et demandé une condamnation.
Le parquet national a tranché autrement. Le ministère public a estimé que « les faits ne constituent aucun délit » et a plaidé pour la relaxe, relevant l’absence d’éléments susceptibles de modifier la responsabilité pénale d’Echenique. Malgré cela, un juge d’instruction madrilène a décidé d’ouvrir un procès oral, décision qui conduit aujourd’hui l’ex-député devant la cour.
La procédure prend des airs de joute politique autant que judiciaire. Parmi les témoins cités par les plaignants figurent le Défenseur du peuple, Ángel Gabilondo, deux journalistes d’El País ayant enquêté sur les procédures d’abus dans l’Église, et María García Ayuela, présidente de l’Observatoire pour la liberté religieuse. Echenique avait proposé Narciso Michavila (président de GAD3) comme témoin; celui-ci a finalement renoncé et la partie plaignante demande néanmoins qu’il soit entendu.
Echenique soutient que son message était ironique et visait à défendre les migrants face aux propos de l’archevêque, non à criminaliser tous les prêtres. Il a d’ores et déjà demandé le classement de l’affaire.
Au-delà du cas personnel, ce procès pose une question simple et brûlante : où commence la critique politique ou satirique et où finit la provocation punissable ? La réponse de la cour déterminera la frontière entre liberté d’expression et protection contre les discours haineux en Espagne.