
Installée dans l’un des boxes du tout nouveau service bucco-dentaire du CHU de Rouen, baptisé O +, une jeune patiente exprime son soulagement d’avoir enfin un rendez-vous chez le dentiste. « C’est ma mère qui m’a parlé de l’ouverture de ce lieu en début d’année et m’a conseillé d’appeler. Depuis le départ en retraite du dentiste qui me suivait avant, je galérais à chaque fois pour trouver un rendez-vous. Ça faisait au moins cinq ans que c’était comme ça, et deux ans que je n’avais pas consulté. »
Anne-Charlotte Bas, la directrice du département d’odontologie de l’Université de Rouen-Normandie, précise que les soins sont prodigués par des étudiants en 4e et 5e année. Elle supervise les élèves qui interviennent en binôme pour accueillir le public, établir un diagnostic et pratiquer les soins courants tels que détartrages et extractions.
La jeune patiente n’est pas la seule à attendre, car, comme l’explique Anne-Charlotte Bas, « en seulement deux jours, tous les créneaux ouverts pour janvier ont été remplis ». Heureusement, d’autres créneaux seront disponibles au fil des mois via la plate-forme Doctolib.
Dans l’agglomération rouennaise, le manque de dentistes est un problème persistant. Selon les chiffres de l’Ordre des chirurgiens-dentistes, la Seine-Maritime est sous-dotée avec 54,6 chirurgiens-dentistes pour 100 000 habitants, contre 73,2 au niveau national. L’Eure est encore plus touchée avec un chiffre de 43,1.
« C’est l’une des raisons qui a poussé le CHU à se doter de ce centre, en complément de celui de l’hôpital Saint-Julien », confirme la directrice. En moyenne, une centaine de prises en charge est assurée chaque semaine par ces dentistes en formation, qui ont déjà des bases solides.
Anne-Charlotte Bas rappelle que « aucun soin ne commence sans le go du médecin référent. Et aucun patient ne sort sans avoir été vu par lui ». Les patients sont informés qu’ils seront pris en charge par des étudiants et que leur rendez-vous prendra probablement plus de temps.
« Jusqu’à présent, personne ne s’en est plaint », sourit Chloé Cottereau, étudiante de 4e année. Âgée de 21 ans et originaire d’Évreux, elle fait partie d’une vingtaine d’élèves intervenant chaque semaine. Consciente de l’importance de cette expérience, elle apprécie d’être confrontée à de vraies personnes.
« Au début, c’est un peu stressant, même si nous sommes sensibilisés à la manière d’accueillir les gens. Ça change des simulateurs avec lesquels on s’entraîne en 2e et 3e année », ajoute-t-elle. Neuf fauteuils ont été ouverts dans un premier temps, et huit autres devraient suivre en septembre prochain.
À l’horizon 2030, un nouveau bâtiment doit être construit pour augmenter les capacités du service O +. Cela permettra de conserver sur le territoire les futurs professionnels qui, auparavant, devaient effectuer une partie de leur cursus à Lille, Reims ou Paris, et parfois ne revenaient jamais.
Ce nouveau service représente une avancée significative pour répondre aux besoins dentaires croissants de la région. Il offre également une opportunité précieuse pour les étudiants d'acquérir une expérience pratique tout en contribuant à la santé bucco-dentaire de la communauté.