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23-F : un document révèle l’erreur des putschistes sur le Borbón

Document d’archive sur le 23-F montrant une erreur des putschistes concernant le Borbón, gros plan sur le texte.

Des manuscrits rendus publics révèlent une stratégie froide et méthodique

Des documents rendus publics mercredi ressuscitent une stratégie froide et méthodique à l’origine des conspirations militaires post‑23‑F, parmi lesquels deux manuscrits attirent particulièrement l’attention : l’un compile le contenu d’un pamphlet intitulé Militares españoles!!! ; l’autre est un texte manuscrit retrouvé au domicile du lieutenant‑colonel José Crespo Cuspinera, qui formalise une feuille de route pour de futurs coups.

Un pamphlet qui désigne la monarchie comme cible

Le pamphlet attaque frontalement ce que ses auteurs considèrent comme l’une des erreurs clés du putsch manqué : « laisser le Bourbón libre et le traiter comme s’il était un gentleman ». En effet, le texte prédit que « le Roi poursuivra son entreprise suicidaire d’avoir un gouvernement avec les socialistes, ne pouvant être considéré ni comme un symbole à respecter », et il conclut sans détours : « C’est donc un OBJECTIF À ABATTRE ET ANÉANTIR. »

Feuille de route retrouvée chez Crespo Cuspinera

Son arrestation intervint, en octobre 1982, après une opération qui visait à démanteler des cellules encore actives dans l’armée ; il avait été appréhendé avec son frère, le colonel Jesús Crespo Cuspinera, et le colonel d’artillerie Luis Muñoz Gutiérrez. Ces identités ressortent des pièces saisies et montrent que l’affaire ne se limitait pas à des individus isolés.

La tentative de coup d’État connue sous le nom de 23‑F, qui a marqué l’Espagne, ne suffit pas à expliquer la teneur de ces textes : le cahier saisi chez Crespo Cuspinera ne se contente pas d’invectives, il contient des instructions concrètes pour agir après l’échec d’Armada, Milans del Bosch et Tejero.

Des objectifs institutionnels et une logique binaire

Les conspirateurs y détaillent la nécessité de « prendre le contrôle des ressources juridiques, constitutionnelles, culturelles et sociales, de tous les ressorts du pouvoir qui pourraient empêcher la rupture de l’unité de l’Espagne ». Ainsi, ils esquissent un choix présenté comme binaire : réagir « comme soldats d’Espagne » ou se résigner à « la démolition graduelle depuis le sommet », transformant selon eux les forces armées en corps de serviteurs dociles à une Couronne vacillante et à des politiciens compromis.

Préparer la « prochaine opportunité »

Un des passages les plus concrets recommande de « réactiver avec les camarades d’armes de pleine confiance l’analyse de la situation, l’échange d’informations et la PRÉPARATION POUR LA PROCHAINE OPPORTUNITÉ ». De fait, le message est clair : l’échec du 23‑F ne signifiait pas pour eux la fin de l’entreprise, mais une pause pour mieux s’organiser.

Sécurité opérationnelle et réseaux parallèles

La sécurité opérationnelle occupe une place centrale dans ces écrits. Le pamphlet recommande d’« organiser des centres de réception d’information (postale et téléphonique), à l’abri des enregistrements et des services de renseignement », et propose l’utilisation de cabines téléphoniques, de pseudonymes et de mots de passe pour préserver l’anonymat des réseaux.

Aux sympathisants, on demande « d’adopter des attitudes de la plus grande discrétion et même de simulation face à des inconnus ou des camarades transférés ou promus » ; en outre, les rédacteurs insistent sur la nécessité de masquer l’existence d’un réseau de renseignement parallèle, distinct des services officiels, jusqu’à obtenir des informations fiables de l’intérieur.

La prudence va jusqu’à recommander une attention particulière aux services de renseignement officiels, « qui seront infiltrés (serveurs, dactylos, ordonnances) », et la consigne ultime en cas de doute est de feindre « respect à la Constitution, au système partitocratique, au “Bourbón”, etc. », pour mieux dissimuler leurs intentions.

Ce que ces textes révèlent sur la nature du complot

Ces manuscrits montrent que, loin d’être de simples improvisations, certaines factions militaires travaillaient déjà à des scénarios concertés avant le 23‑F et planifiaient méticuleusement la suite. Les termes qui reviennent — préparation, réseaux parallèles, discrétion — brossent le portrait d’un complot recomposable plutôt que d’un acte isolé et ponctuel.

Néanmoins, la révélation de ces documents permet d’éclairer la continuité d’un projet politique et militaire qui a persisté après l’échec apparent, et rappelle combien la consolidation démocratique a reposé, aussi, sur la vigilance des institutions et des services chargés de prévenir de telles menaces.

Ces pièces, désormais publiques, apportent un nouvel éclairage sur les mécanismes et les intentions qui ont animé une partie de l’armée à la suite du 23‑F, et invitent à repenser ce que signifie la mémoire et la prévention face à des conspirations organisées.

Publié le : 26 février 2026
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