
À la tête du gouvernement, Christine Fréchette veut changer sans tout casser. Elle dispose d’à peine quatre mois avant le déclenchement officiel de la campagne électorale; l’urgence dicte donc la ligne: efficacité d’abord, nouveauté seulement là où elle sert. Le remaniement attendu début de semaine prochaine visera à rafraîchir quelques visages, renforcer la présence régionale et, surtout, éviter de redistribuer à la légère des dossiers clés qui prendraient du retard.
Le mot d’ordre est la continuité opérationnelle. France-Élaine Duranceau restera au Conseil du trésor — et prendra même des responsabilités supplémentaires — parce que maîtriser les budgets ne se réapprend pas au pas de course. Sonia Bélanger conserve la Santé, Sonia LeBel garde l’Éducation et Éric Girard reste aux Finances. Lionel Carmant, de retour après sa démission, devrait retrouver les Services sociaux; on juge que ces portefeuilles exigent doigté et mémoire des dossiers.
Le remaniement servira aussi à apaiser les critiques sur la centralisation du pouvoir. Après des reproches adressés à François Legault pour avoir concentré l’influence « montréalaise », Fréchette veut donner plus de poids aux régions. Catherine Blouin, députée de Bonaventure, devrait faire son entrée au Conseil pour représenter la Gaspésie. L’Abitibi‑Témiscamingue, sans voix depuis le départ de Pierre Dufour, devrait retrouver un siège autour de la table probablement avec Daniel Bernard, dont le profil économique plaît malgré un déménagement en Estrie.
Pour ramener l’unité dans la coalition, la nouvelle cheffe placera Bernard Drainville sous les projecteurs. Bernard Drainville sera nommé nouveau « super‑ministre » de l’Économie et de l’Énergie, un poste qui fusionne les deux responsabilités assumées récemment par Christine Fréchette. En conservant Simon Jolin‑Barrette à la Justice, Fréchette ménage aussi le courant nationaliste; Drainville pourra y faire adopter plusieurs de ses priorités: encadrement de la revente de billets, lois sur les juges au comportement répréhensible, et une ultime tentative pour avancer son projet de constitution du Québec.
Le message est clair: changement mesuré, avant tout concret. Le temps presse; la stratégie consiste à afficher du renouveau sans compromettre l’exécution des dossiers majeurs.
Le Conseil des ministres est attendu au début de la semaine prochaine. Bernard Drainville sera nommé « super‑ministre » de l’Économie et de l’Énergie.