
Le 21 mai 2026, l'avocat parisien Emmanuel Pierrat a reconnu devant le tribunal correctionnel avoir harcelé moralement seize de ses anciens collaborateurs. Seize anciens collaborateurs l'accusent d'insultes, d'humiliations et d'avoir créé un climat de peur et de tensions.
À l'ouverture de son procès, il a livré un aveu sec : « Ce que j'ai fait, ce n'est pas légal. » Puis, plus longuement, il a expliqué l'origine de sa dérive. Au milieu des années 2010, un drame familial « m'a mis par terre », dit-il ; il a « un peu perdu [ses] moyens » et, pour masquer sa détresse, il a tenté de « donner le change » auprès de son équipe. Cela a tourné « maladroitement et inapproprié », reconnaît-il : « je suis devenu très dur au cabinet, sans doute violent », et « j'ai proféré des propos déplacés, vraiment déplacés ».
Les plaignants décrivent autre chose qu'une simple mauvaise passe. Ils racontent des humiliations répétées, des commentaires rabaissant leur travail, et une atmosphère où la peur s'installe.
Ces récits forment le cœur de l'accusation portée devant la présidente du tribunal, Nathalie Gavarino. Le cadre n'est pas accessoire : quand un avocat exerce son autorité de façon destructrice, les répercussions professionnelles et personnelles sur les victimes peuvent être profondes.
Pierrat n'a pas cherché à tout nier. « Je reconnais la globalité des faits que vous avez évoqués à mon encontre », a-t-il déclaré, laissant le tribunal face à une admission lourde de sens. Nier n'aurait peut‑être pas servi sa défense ; reconnaître ouvre la porte aux explications mais ne dispense pas de responsabilité judiciaire. Le procès vise justement à peser ces responsabilités et à mesurer les conséquences de comportements qualifiés de harcèlement moral.
Ce dossier interroge plus largement le fonctionnement des cabinets : qui contrôle l'autorité interne ? Comment repérer et corriger les excès avant qu'ils ne deviennent systématiques ?
La cause personnelle évoquée par Emmanuel Pierrat explique, sans excuser, une pente qui a fait basculer un rapport de travail en relation toxique.
Le procès, ouvert le 21 mai 2026, se poursuit devant le tribunal correctionnel de Paris. Les aveux de l'avocat posent désormais une question simple et implacable : reconnaître suffit‑il à réparer la souffrance infligée ?