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Les entreprises européennes vulnérables à un arrêt des logiciels US

Drapeau européen sur fond de serveurs, symbolisant les entreprises européennes dépendantes de logiciels US

Un rituel quotidien qui cache 264 milliards d’euros

Chaque matin, des millions de travailleurs européens ouvrent Windows, lancent Teams ou Gmail et enregistrent leurs fichiers sur OneDrive ou Amazon Web Services sans y penser. Ce rituel banal cache une dépendance massive : une étude publiée en avril 2025 pour le Cigref estime que 83 % du marché européen du cloud et des logiciels professionnels est capté par des entreprises américaines — soit 264 milliards d’euros sortant chaque année du continent, et finançant 1,9 million d’emplois outre‑Atlantique.

83 % du marché européen du cloud et des logiciels professionnels est capté par des entreprises américaines. Les entreprises estiment qu’elles ne survivraient en moyenne que 12 mois si l’accès aux technologies américaines venait à être coupé.

Constat allemand : Bitkom et la dépendance aux États‑Unis

Le diagnostic allemand rend la menace tangible. Deux enquêtes de la puissante fédération numérique Bitkom montrent l’ampleur du problème : en janvier 2025, 96 % des entreprises de 20 salariés et plus déclaraient ne pas pouvoir fonctionner sans technologies importées, et 81 % se disaient dépendantes des États‑Unis, dont 41 % « fortement ».

Dix mois plus tard, lors d’un sommet franco‑allemand, la proportion d’entreprises se jugeant « fortement dépendantes » a grimpé à 51 %. Dans l’ensemble, les dirigeants évaluent qu’un black‑out américain laisserait la plupart des sociétés opérationnelles pendant à peine un an ; seules 4 % se disent capables de tenir sur le long terme.

Le retour de Trump rend le scénario crédible

Cette vulnérabilité n’est pas qu’une curiosité académique : elle change la donne stratégique. Longtemps hypothétique, le scénario d’une restriction d’accès aux logiciels et aux clouds a gagné en crédibilité avec le retour de Donald Trump à la Maison‑Blanche, rendant possibles des décisions susceptibles d’isoler des clients étrangers. Pour l’économie européenne, la facture numérique — comparable à la facture énergétique de l’Union en 2024, autour de 360 milliards d’euros — devient aussi un levier géopolitique.

Souveraineté numérique : options, coûts et condition politique

Que faire ? L’option évidente serait d’accélérer la souveraineté numérique : développer des clouds européens, renforcer l’industrie logicielle locale, obliger les acheteurs publics à préférer des solutions non‑américaines. Mais ce chantier exige des investissements lourds, des normes communes et du temps — et il faudra composer avec des écosystèmes déjà verrouillés et des habitudes d’entreprise bien ancrées.

La question ne relève plus seulement de l’économie : elle épouse une logique de sécurité nationale. L’Europe peut encore reprendre la main, mais seulement si politiques publiques et acteurs privés s’accordent sur une feuille de route claire. Sans cela, l’instant où un simple bouton politique coupant l’accès à des plateformes essentielles paralysant une partie du continent devient tragiquement plausible.

Publié le : 20 mai 2026
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