
Le gouvernement espagnol envisage d'intégrer Escribano Mechanical and Engineering (EMandE) comme une filiale d'Indra, plutôt que d'accepter une fusion qui augmenterait son poids dans l'actionnariat. Ce ralentissement dans l'opération n'est pas seulement lié à un potentiel conflit d'intérêts, mais aussi à une possible perte de pouvoir de la Société d'État de Participations Industrielles (Sepi).
Indra bénéficie de nombreux contrats de défense et est considérée comme stratégique pour la compétition dans l'industrie européenne. Les Escribano, quant à eux, soutiennent la fusion avec d'autres grands actionnaires. La lutte pour le contrôle de l'entreprise publique représente un défi pour le gouvernement, qui a soutenu Ángel Escribano dans sa prise de pouvoir.
Ángel Escribano, détenant 14% d'Indra, a remplacé Marc Murtra juste après la nomination de ce dernier à la présidence de Telefónica. José Vicente de los Mozos, le directeur général, est responsable de l'intégration des deux entreprises, une fois approuvée par le conseil d'administration.
EMandE a vu son chiffre d'affaires tripler en 2024, passant de 115 à 335 millions d'euros. Les comptes de cette année ne sont pas encore déposés, mais pourraient indiquer une croissance encore plus importante. L'investissement dans Indra a également renforcé sa position, avec l'action passant de 17 à 50 euros, ce qui a un impact significatif sur le bilan.
AZ Capital et Goldman Sachs sont chargés de la valorisation de l'entreprise. EMandE a toujours rejeté l'idée d'une acquisition, plaidant plutôt pour une fusion. Javier Escribano a déclaré que sans la création d'un "champion national de la défense" avec Indra, l'Espagne se retrouverait à la merci de concurrents européens.
La situation actuelle a suscité des craintes au sein de Moncloa. Bien que le gouvernement ne prévoie pas de changement à la tête d'Ángel Escribano, il souhaite réduire le pouvoir actionnarial qu'il pourrait accumuler. Pour ce faire, il s'est rapproché de Sapa, dirigée par Jokin Aperribay, qui détient 7,9% d'Indra.
Aperribay, ancien président de la Real Sociedad, est proche du gouvernement et du PNV. La société à travers laquelle il participe à Indra génère des dividendes équivalents à l'ensemble de son chiffre d'affaires. Sapa a intégré l'actionnariat grâce à des prêts de Deutsche Bank et ING, pour un montant dépassant 207 millions à la fin de 2024.
Un nombre important d'actionnaires se sont alignés avec les Escribano, y compris Joseph Oughourlian, président de Prisa, et plusieurs fonds d'investissement. La possibilité d'un retrait d'Ángel Escribano de la présidence a provoqué une chute de 15% des actions la semaine dernière, alors que le marché restait stable.
Indra, EMandE et Aperribay sont également partenaires dans Tess Defense, qui développe le véhicule Dragon 8x8. Cette société a rencontré plusieurs contrariétés, et Indra a même formulé une offre pour General Dynamics, qui a été rejetée.
La situation autour d'EMandE et d'Indra reste complexe et pleine de défis. Le gouvernement doit naviguer prudemment entre les intérêts des actionnaires et les enjeux stratégiques pour l'industrie de la défense. La décision finale sur la fusion ou l'intégration d'EMandE pourrait avoir des répercussions significatives sur le paysage industriel espagnol.