
Le Parlement européen s’apprête à trancher un sujet qui fait déjà grincer des dents: autoriser une nouvelle génération d’OGM. Lundi soir, la commission parlementaire a donné un premier feu vert à des plantes issues de nouvelles techniques génomiques (NGT). Le 17 juin 2026, les eurodéputés doivent confirmer — ou infléchir — cette décision en séance plénière à Strasbourg, où un bras de fer est attendu sur la question des brevets.
Les NGT modifient le génome d’une plante sans y introduire d’ADN étranger; ce sont donc des OGM non « transgéniques ». Plus concrètement, certaines mutations obtenues par édition génomique seront traitées comme des variétés conventionnelles, à condition qu’elles restent limitées en nombre. En revanche, les NGT résistantes aux herbicides ou produisant des insecticides resteront exclues du marché, et aucune NGT ne pourra être utilisée en agriculture biologique.
Le monde agricole est divisé. Les grands syndicats, rassemblés au sein du Copa-Cogeca, voient dans ces techniques un outil pour lutter contre la sécheresse, les maladies et l’instabilité des rendements, et ont salué le vote en commission comme un « libération de l’innovation ». À l’opposé, les agriculteurs biologiques et des petites exploitations dénoncent un modèle qui favorise les semenciers et fragilise l’autonomie paysanne.
La Confédération paysanne, troisième syndicat français, appelle à manifester mardi devant le Parlement européen et demande aux députés de s’opposer ou, au minimum, d’imposer des garde-fous: traçabilité des semences et mesures contre la concentration des brevets. Le député socialiste Christophe Clergeau porte des amendements visant à empêcher que « les plus grands acteurs internationaux » monopolisent des brevets coûteux, au risque d’imposer « des coûts supplémentaires et une dépendance » aux agriculteurs. Hors de ce volet, l’issue du vote semble peu contestée: des députés de droite au centre estiment avoir obtenu des garanties suffisantes.
Sur la sécurité, Bruxelles avance prudemment mais résolument. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) s’est montrée favorable à l’approche qui assouplit les règles pour une partie des NGT. L’Agence sanitaire française (Anses), plus réservée, recommandait dès 2024 une évaluation « au cas par cas » des risques sanitaires et environnementaux avant la mise sur le marché.
Il faudra plusieurs années entre les tests et la commercialisation: les aliments issus d’NGT ne tomberont pas immédiatement dans les assiettes européennes. Les ONG environnementales s’alarment par ailleurs de l’absence d’étiquetage consommateur: le texte impose d’indiquer la présence de NGT catégorie 1 sur les sacs de semences, mais pas sur les étiquettes en rayon.
Le 17 juin 2026, le Parlement européen doit se prononcer en séance plénière à Strasbourg. Les NGT modifient le génome sans introduire d’ADN étranger; elles sont donc des OGM non « transgéniques ».