
Cette semaine, le cinéma explore la vérité et l'authenticité sous des angles très différents : la comédie intime, le retour sur des blessures collectives et le portrait moral d'une femme en crise. Les propositions restent fidèles à une même ambition — sonder ce que nous sommes, ensemble et séparés — et chacune offre sa propre langue pour y parvenir.
Sur un ton résolument intime, le troisième long métrage de Bradley Cooper, Is This Thing on ?, scrute le couple moderne avec la curiosité d’un observateur qui ne veut rien laisser passer. Le film évite les grands effets pour se concentrer sur les détails du quotidien, ceux qui, paradoxalement, trahissent le plus.
À l'écran, Will Arnett et Laura Dern incarnent Alex et Tess Novak, un couple marié depuis vingt-six ans et parents de deux enfants, qui constatent d'un commun accord qu'ils sont arrivés au bout de leur histoire. Ainsi se dessine un portrait à la fois drôle et précis des silences qui finissent par organiser une vie à deux.
Le lendemain de leur décision, Alex et Tess passent la soirée chez des amis sans parvenir à leur annoncer la nouvelle, par peur de les bouleverser ; Cooper tire parti de cette situation délicate pour mêler rires et sentiments et montrer combien les non-dits peuvent structurer une existence partagée.
S'inspirant d'une histoire vraie — celle de l'humoriste britannique John Bishop, devenu stand‑up après un divorce douloureux — le film prend appui sur une idée simple et fertile : un couple, ce n'est jamais seulement deux personnes, mais une petite société, avec ses règles tacites et ses compromis silencieux.
En retournant le regard vers le passé, Teresa Villaverde compose un film qui laisse entendre combien le passé continue de contaminer le présent. Sa caméra exhume les traces d'une catastrophe environnementale et interroge la manière dont une communauté choisit d'oublier — ou de se rappeler.
Justa s'attache à ce qui reste après la catastrophe : ruines, souvenirs, paroles manquantes. De ce point de vue, le film devient une enquête sur la mémoire collective et sur les forces sociales qui décident ce qui doit être dit et ce qui doit être tu.
L'action, située au Portugal, renforce la dimension géographique de la blessure ; le paysage lui-même porte les cicatrices et oblige le récit à mesurer l'épaisseur du temps, entre réparation et déni.
De son côté, le réalisateur iranien Saeed Roustaee propose Woman And Child, un portrait tendu d'une femme éprise de vengeance et de justice. Le film observe comment une détermination peut peu à peu se défaire, quand les certitudes rencontrent la réalité et que la lucidité remplace l'illusion.
La trajectoire morale que trace Roustaee n'est pas linéaire : la rage initiale se heurte aux contradictions du monde et finit par ouvrir un espace de doute, où la quête de réparation appelle autant la réflexion que l'action.
Ces trois films forment un trio cohérent malgré leurs différences de ton et de style : l'un dissèque le quotidien conjugal avec humour et finesse, l'autre creuse les blessures d'un territoire, le troisième suit une trajectoire morale où la rage et la lucidité se confrontent. En filigrane, tous mettent l'authenticité au centre de leur démarche — non pas comme un simple motif, mais comme une exigence qui rend le cinéma indispensable.
Au final, que ce soit par le rire, par le souvenir ou par la colère, ces réalisateurs invitent le spectateur à remettre en question ses certitudes et à écouter ce que disent — ou taisent — les personnes et les lieux qui nous entourent.