Paris: une fashion week sans tendance unique
La fashion week parisienne automne‑hiver 2026‑2027 s’est achevée le mardi 10 mars sans qu’une tendance unique n’en émerge. Après un démarrage chic et sexy le 2 mars — Saint Laurent, Tom Ford, Balmain — la semaine a virevolté du minimalisme au vintage, de l’énergie vitaminée de Loewe au vestiaire cavalier d’Hermès, pour finir sur des propositions résolument conceptuelles.
Louis Vuitton transforme la cour Carrée en terrain de jeu forestier
Nicolas Ghesquiére a transformé la cour Carrée du Louvre en un terrain de jeu forestier pour Louis Vuitton. Il est arrivé chez Louis Vuitton en 2013 et utilise le défilé comme laboratoire; cette fois, il a fait ériger des monticules mousseux conçus avec le chef décorateur Jeremy Hindle, censés évoquer le parcours de Louis Vuitton (1821‑1892), de son Jura natal à Paris, où la maison naît en 1854.
« Je voulais montrer que la nature est la plus grande créatrice. Il ne s’agit pas de l’imiter, mais de la sublimer », dit Ghesquiére.
Les silhouettes restent dans un noir‑blanc granitique: capes velues aux épaules surdimensionnées, salopettes fluides ornées de pompons, pulls‑chaussette au col gonflé, patchworks géométriques. Quelques pièces colorées mettent en scène des tableaux animaliers du peintre ukrainien Nazar Strelyaev‑Nazarko — « il y a des loups, des lapins, des moutons et des belettes dans cette collection », s’amuse le créateur — tandis qu’un fil folklorique global tente d’extraire l’essence des habits traditionnels sans en emprunter l’identité.
Miu Miu: la « petitesse du corps » face à l’immensité
Miu Miu, sous la patronne Miuccia Prada, a pris pour thème la « petitesse du corps » et le contraste entre l’être humain et l’immensité du monde. La scénographie du Palais d’Iéna — mousse au sol, murs en soie fleurie — souligne cette idée, sans pour autant la rendre immédiatement évidente pour le public.
Le casting privilégie la diversité d’âge et de métier: mannequins, actrices, musiciennes, artistes. Le vestiaire, volontairement simple, joue la sobriété — mini‑robes à nœud, popelines, cuir froissé, manteaux fourrure portés seuls — rompu par des claquettes ornées de pierres et des broderies scintillantes. Subtile dans ses jeux de formes et de matières, la collection manque toutefois parfois de l’espièglerie attendue chez Miu Miu.
Jean Paul Gaultier: Duran Lantink assume la provocation
Duran Lantink, aux commandes de Jean Paul Gaultier pour sa deuxième saison, affine ce que ses débuts en octobre 2025 avaient rendu clivant et viral. Sa première collection avait été critiquée pour caricaturer l’esprit du fondateur, notamment par la nudité d’un homme velu imprimée en trompe‑l’œil; Lantink assume la provocation: « Proposer une mode qui ne met pas tout le monde à l’aise, c’est en quelque sorte mon travail. »
Cette fois, il dose mieux ses effets: trompe‑l’œil marionnette en clin d’œil à 2004‑2005, vestes aux revers acérés, robes à hanches pointues, tops boudinés, et un jeu constant sur le masculin‑féminin. La collection saute d’un film à l’autre — dominatrice, détective, skieuse — mais réserve de vraies réussites, comme des robes graphiques dont les drapés ondulent et un fourreau imprimant Marlene Dietrich qui diffuse de la fumée.
La mode cette saison: scénarios plutôt que règles
Au total, la semaine n’offre pas de single voice, mais bien une multitude d’explorations: du spectaculaire narratif à l’étude intime des proportions, chacun creuse son sujet. La mode, cette saison, parle plus par scénarios que par règles.
