
La Coalition avenir Québec veut pousser la loi 101 jusque dans la formation professionnelle et la formation générale des adultes. Présenté par le ministre de la Langue française, Jean‑François Roberge, le projet de loi obligerait quelque 27 000 étudiantes et étudiants à suivre leur formation en français dès 2028. Déposé en toute fin de mandat, il risque surtout de transformer un dossier linguistique en instrument de campagne.
Le ministre appuie sa proposition sur des chiffres: «78 % des allophones dont la langue d’enseignement de plus haut niveau est le français utilisent le français au travail», a‑t‑il dit, ajoutant qu’un allophone diplômé en anglais n’a «que 19 % de chances» d’exercer en français. Roberge répète la promesse formulée durant la course à la chefferie par Christine Fréchette et invite les partis à débattre «de la pertinence de la mesure». Les jeunes issus de la minorité anglophone historique pourraient toutefois continuer à être formés en anglais.
Le dépôt tardif complique la marche: avec à peine une semaine au calendrier parlementaire, la CAQ devra rallier des partis d’opposition pour mener une adoption accélérée. Le Parti libéral du Québec n’a pas encore donné son appui. Son chef parlementaire, André Fortin, a expliqué que les libéraux préfèrent «regarder le projet de loi» avant de se prononcer. Une étude en commission paraît improbable — le ministre pilote a déjà deux autres projets de loi en cours.
Le gouvernement refuse pour l’instant d’étendre la loi 101 aux cégeps et aux universités. Sonia LeBel, ministre de l’Éducation, a plaidé une distinction fondée sur l’âge et le parcours scolaire: dans les secteurs de formation générale pour adultes, beaucoup de jeunes de 17‑18 ans décrochent leur première qualification — l’équivalent d’un diplôme de secondaire cinq — après des difficultés. La même logique, selon elle, vaut pour la formation professionnelle.
Le ministre Roberge a aussi rappelé que la CAQ a plafonné le nombre d’étudiants admis dans le réseau collégial anglophone, signe que le gouvernement joue sur plusieurs leviers pour renforcer le français sans toucher à tous les paliers d’éducation. Le texte arrive donc dans un calendrier serré et sous forte pression politique. Le débat ne portera pas seulement sur des chiffres; il mettra en tension des priorités : intégration linguistique, liberté de choix éducatif et stratégie électorale. Le résultat dépendra autant du contenu du projet que de la volonté des partis d’opposition d’en faire un dossier parlementaire — ou un enjeu de campagne.
Le ministre Jean‑François Roberge propose d’imposer la loi 101 à la formation professionnelle et à la formation générale des adultes dès 2028; environ 27 000 étudiants seront concernés. La CAQ exclut, pour l’instant, l’extension de la loi 101 aux cégeps et aux universités.