
Vendredi, l’entrée en Bourse de SpaceX a déjà la taille d’un événement historique. Le titre a fini la séance à 160,95 dollars, soit 19,22 % au‑dessus du prix d’introduction, après avoir bondi jusqu’à plus de 30 % en intraday. L’opération a levé au total 75 milliards de dollars, ce qui en fait la plus grosse introduction jamais réalisée sur les marchés.
SpaceX vaut désormais plus de 2 000 milliards de dollars. La fortune d’Elon Musk a franchi la barre des 1 000 milliards de dollars, un record inédit qui fait de lui le premier trillionnaire de la planète. Ces deux phrases résument à elles seules l’ampleur du basculement : un nouvel acteur s’installe parmi les huit plus grandes capitalisations mondiales, au‑dessus même de Tesla.
La réussite de l’opération n’est pas passée inaperçue. « Le fait que SpaceX ait été capable de réaliser une introduction en Bourse d’une telle ampleur et de voir ensuite le titre progresser dès les premiers échanges en dit long », a souligné Evan Schlossman, de la plateforme d’investissement SuRo Capital. Des investisseurs institutionnels, mais aussi beaucoup de particuliers — qui se sont vu réserver une part importante des actions nouvelles — se sont rués sur le dossier, séduits par la promesse d’un futur à haute rentabilité et forte innovation.
Pourtant, l’enthousiasme cache des fragilités. Elon Musk conserve l’essentiel des droits de vote tout en ne détenant qu’environ 42 % du capital, un montage qui maintient son contrôle effectif mais interroge sur la gouvernance. « Il existe un risque de dépendance à une personnalité clé que les investisseurs ne devraient pas négliger », prévient Nancy Tengler, analyste chez Laffer Tengler Investments. Le message est simple : la valeur repose autant sur la personne que sur les actifs actuels.
Et ces actifs n’expliquent qu’une partie du récit vendu aux marchés. SpaceX capitalise aujourd’hui sur Falcon et Starlink, déjà générateurs de revenus, mais c’est surtout la perspective de nouveaux marchés — centres de données dans l’espace, tourisme lunaire et martien, production d’énergie spatiale, exploitation d’astéroïdes — qui attire les capitaux. « L’envoi de passagers sur la Lune et sur Mars, la production d’énergie et l’exploitation minière d’astéroïdes relevaient largement de la science‑fiction », note George Nield, du cabinet Commercial Space Technologies. Pour lui, ces ambitions ont désormais suffisamment de fondements pour être prises au sérieux.
La cote de SpaceX offre désormais un pari à deux visages : d’un côté, une valorisation gigantesque et une impatience d’investir dans l’avenir spatial ; de l’autre, une dépendance forte à une figure charismatique et des promesses encore largement prospectives. Le marché, jusqu’à présent, a choisi d’y croire — au moins pour l’instant.