
Le premier ministre du Québec, François Legault, a prononcé son discours d'adieu à l'Assemblée nationale, jeudi matin, au Salon rouge. Dignité et sérénité dominaient le ton : il a demandé à ses collègues de ne pas céder au cynisme et d'offrir de l'espoir aux générations à venir, malgré des temps économiques incertains.
Pour lui, la priorité des priorités reste l'éducation. Il l'a brandie comme la clé de son parcours — « ce qui m'a permis de passer d'un milieu populaire aux plus hautes responsabilités » — et comme le levier indispensable pour que la société avance. Sa ligne est claire : investir dans l'école, c'est investir dans la résilience collective.
Le message économique contenait aussi une mise en garde politique. Visant indirectement Christine Fréchette, pressentie comme favorite pour lui succéder, M. Legault a affirmé que l'État doit continuer d'être un levier pour stimuler l'économie québécoise, en réponse à la promesse de Mme Fréchette d'être moins « interventionniste ». Il a ajouté, presque en plaisanterie, qu'il avait négocié tout ce qu'il pouvait avec Ottawa : « Faut prendre ce que la game te donne », une référence à l'entraîneur Martin St‑Louis qui a détendu l'assemblée.
Il a aussi insisté sur la protection de l'identité québécoise et sur la nécessité de rapatrier un maximum de responsabilités depuis Ottawa. M. Legault a dit avoir tout mis en œuvre pour obtenir du fédéral le plus de concessions possible. Il restera premier ministre jusqu'au 12 avril.
L'ambiance était à la fois émotive et recueillie. Les députés l'ont applaudi spontanément à son arrivée en Chambre; son allocution a duré près de 20 minutes, soit le double du temps prévu.
Son chef de cabinet, Martin Koskinen, et son épouse, Isabelle Brais, étaient présents dans les tribunes. À la sortie, il a traversé une haie d'honneur formée de membres de son équipe, saluant chacun avec chaleur.
Le moment solennel n'était pas isolé : son discours a été précédé des hommages du leader du gouvernement Simon Jolin‑Barrette, des chefs des trois groupes d'opposition et de la députée indépendante Isabelle Poulet, puis suivi d'un bref hommage de la présidente de l'Assemblée, Nathalie Roy. La voix brisée par l'émotion, M. Jolin‑Barrette a remercié son mentor « d'avoir été une figure rassurante dans les moments difficiles », un modèle de vaillance et de loyauté.