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Friend : « Je prendrai toujours le métro avec toi » et le RGPD l’arrête

Logo Friend sur un smartphone, devant une station de métro en arrière-plan, écran de consentement RGPD visible

Affiches affectives et promesses du collier

Les affiches dans le métro parisien affichaient des promesses tendres et un peu inquiétantes : « Je prendrai toujours le métro avec toi ». Le collier Friend, vendu comme « votre ami » équipé d’une IA, était partout. Mais l’amour s’arrête aux frontières du RGPD : la mise en vente en Europe a été repoussée pour non‑conformité apparente à la législation sur la protection des données.

Précommandes et report de la mise en vente

Le collier Friend était en précommande depuis février 2026. La vente en Europe a été repoussée pour assurer la conformité au RGPD.

Réponse du fondateur et obstacles juridiques

Avi Schiffmann, le fondateur américain de la start‑up, n’a pas fermé la porte : « Nous voulons nous assurer que nous sommes entièrement conformes au RGPD avant d'expédier le pendentif à l'UE, ce sur quoi nous travaillons actuellement avec notre équipe juridique européenne. » Il n’a en revanche donné aucun calendrier précis. L’annonce sonne comme une correction de trajectoire plutôt qu’un lancement maîtrisé : la campagne publicitaire massive semblait avoir devancé l’évaluation juridique.

Le fond du problème est simple et brutal. Friend porte un micro en permanence pour « être toujours là » et répondre au porteur, mais ce micro capte aussi les propos des tiers — passants, collègues, amis — qui n’ont rien consenti. En Europe, le RGPD oblige à protéger ces personnes et à justifier le traitement de leurs données.

En France, la CNIL a déjà jeté un œil suspicieux sur l’appareil. Aux États‑Unis, le collier a trouvé quelques milliers d’acheteurs seulement, signe que l’attrait n’est pas universel.

Enjeux moraux, comparaisons et avertissement pour le marché

Au‑delà du juridique, la promesse commerciale pose une question morale : combler la solitude urbaine avec un ami artificiel soulève des enjeux de vie privée et d’autonomie difficilement négligeables. Le format « collier » incite à un port quasi permanent, ce qui amplifie la collecte continue de données et rappelle des déconvenues récentes — l’AI Pin de Humane a essuyé des revers, et le projet Maxwell de Lenovo reste pour l’instant cloué au statut de concept.

La pause forcée de Friend est aussi un avertissement pour les autres acteurs. Mettre une IA qui écoute en permanence sur le marché européen exige davantage qu’un bon slogan et une campagne d’affichage : il faut des garanties techniques, juridiques et éthiques robustes. Tant que ces garanties ne sont pas visibles, la cascade publicitaire risque de rester muette sur le quai.

Publié le : 8 avril 2026
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