
Le discours du premier ministre canadien, Mark Carney, au Forum Économique Mondial a été un moment de clarté mondiale. En seulement 17 minutes, il a exposé sa vision pour un monde fracturé, où les grandes puissances utilisent l'intégration économique comme une arme. Ce discours a provoqué une réaction rare, applaudie par des leaders politiques et économiques présents à Davos.
Carney a affirmé que la fiction du vieil ordre mondial, établi après la Seconde Guerre mondiale, est désormais obsolète. Il a cité l'essai de Václav Havel, "Le pouvoir des sans pouvoir", pour illustrer comment les puissants évitent les règles à leur convenance. Cette nostalgie pour un ordre ancien ne constitue pas une stratégie viable, a-t-il averti.
Il a également souligné que tous les États devront tôt ou tard accepter cette nouvelle réalité. Malgré les actions unilatérales des grandes puissances, Carney a exprimé un message d'espoir : les puissances intermédiaires, comme le Canada, ont encore un rôle à jouer en forgeant de nouvelles alliances stratégiques.
Le premier ministre a mis en avant que les pays doivent agir ensemble pour éviter d'être dominés par des nations comme les États-Unis, la Chine ou la Russie. "Si nous ne sommes pas à la table, nous finirons au menu", a-t-il déclaré. Cette déclaration était particulièrement pertinente dans le contexte des ambitions de Donald Trump sur le Groenland.
Carney a rappelé que les menaces commerciales américaines, telles que les tarifs punitifs sur l'automobile et l'acier, ont ravivé un patriotisme canadien. Cette situation a propulsé Carney à la tête du Parti libéral et du gouvernement fédéral en avril dernier.
Né en 1965 dans les Territoires du Nord-Ouest, Carney a grandi en Alberta. Économiste de formation, il a dirigé la Banque du Canada pendant la crise financière de 2008 et la Banque d'Angleterre durant le Brexit. Sa réputation de gestionnaire de crise a fait de lui un acteur central sur la scène mondiale.
Il a également été nommé envoyé spécial de l'ONU pour le changement climatique, ce qui lui a valu le titre de banquier vert. Carney a navigué entre les sphères économiques et diplomatiques, assistant à de nombreuses réunions du G-7 et du G-20.
Dans son discours, Carney a reconnu la nécessité de diversifier les relations commerciales. Il a récemment conclu un accord avec Pékin, malgré les objections de Washington, pour alléger les tarifs sur les véhicules électriques. En retour, la Chine a accepté de réduire les taxes sur des produits agricoles clés pour l'économie canadienne.
Malgré les défis domestiques tels que l'inflation alimentaire, Carney est devenu une figure d'opposition morale au trumpisme. En à peine 17 minutes, il a su se positionner comme un phare d'espoir pour l'Occident, affirmant : "Nous acceptons le monde tel qu'il est, pas comme nous aimerions qu'il soit."
Le discours de Mark Carney a marqué un tournant dans la perception des enjeux géopolitiques actuels. En appelant à l'unité des puissances intermédiaires et en reconnaissant les réalités du monde moderne, il a ouvert la voie à de nouvelles stratégies pour le Canada. La nécessité de s'adapter à un environnement en constante évolution est plus pressante que jamais.