Ils ont créé la vague et cherchent à la maîtriser
Ils ont créé la vague. À présent, les maîtres de la tech cherchent à la canaliser avant qu’elle ne les submerge. Alex Karp, le PDG de Palantir, l’a lancé sèchement en mars : « Si la Silicon Valley imagine que nous allons supprimer tous les emplois de cols blancs… sans penser que cela finira par la nationalisation de notre technologie, c’est qu’elle est stupide. » La formule choque parce qu’elle résume une peur simple et crue : l’IA change tout, et les réactions politiques et sociales pourraient être brutales.
Signes d’alerte : attaques et comparaisons historiques
En avril, le directeur d’OpenAI, Sam Altman, a été la cible d’une attaque au cocktail Molotov à son domicile, à San Francisco. En janvier, Dario Amodei, fondateur d’Anthropic, a écrit que la fortune d’Elon Musk, rapportée à l’économie américaine, dépasse celle de John D. Rockefeller au tournant du XXe siècle.
Peurs admises et scénarios politiques envisagés
Ces deux lignes factuelles frappent par leur évidence : la colère existe, et la concentration des richesses aussi. Altman l’admet sans détour : « Tout ne se passera pas sans heurts. La peur et l’anxiété suscitées par l’IA sont justifiées. » Karp voit, lui, le scénario politique possible — nationalisation, déferlement populaire — si les élites ne proposent pas autre chose que la promesse de gains et de gains encore.
Les « gourous » plaident pour un New Deal de l’IA
Que proposent donc ces « gourous » ? Le mot New Deal revient désormais dans leurs interventions : ils appellent à une réponse collective, à des réformes à grande échelle pour encadrer l’IA et redistribuer ses fruits.
Parmi les pistes évoquées figurent la taxation des superprofits, des mécanismes pour limiter la concentration du capital et des règles plus strictes pour gouverner les technologies puissantes. Les dirigeants de start-up et des géants pensent qu’il vaut mieux réguler et redistribuer aujourd’hui que subir la nationalisation ou l’implosion sociale demain.
Un tournant stratégique et un choix pour la société
Le débat n’est pas seulement moral, il est stratégique. Si la richesse liée à l’IA reste confinée à une poignée d’individus, la légitimité politique des acteurs technologiques s’érode — et avec elle leur liberté d’innovation. Les responsables de la tech ont compris que l’inaction pourrait se retourner contre eux : ils passent de l’arrogance techno-optimiste au pragmatisme pressé, cherchant à forger des compromis publics avant que des compromis plus violents ne s’imposent.
Le problème reste immense et les solutions floues. Mais la nouveauté est nette : ceux qui ont bâti l’IA commencent à plaider pour la mise en place d’un pacte social. Ils demandent du temps et des institutions capables d’amortir le choc. La société, pour sa part, dispose maintenant d’un choix clair — accepter des réparations structurelles ou laisser la colère et la concentration du pouvoir redessiner la donne par la force.
