
Le conflit a basculé vers une nouvelle escalade claire et rapide : après le lancement d’une opération qui a tué l’ayatollah Ali Khamenei dans sa résidence de Téhéran, les frappes américaines et israéliennes sur l’Iran se sont poursuivies pour un quatrième jour, sans qu’un cessez‑le‑feu ne se dessine pour l’instant.
Selon les bilans militaires rendus publics, les États‑Unis ont déclenché l’opération « Epic Fury », une salve de raids qui, d’après les mêmes sources, a visé des objectifs à la fois symboliques et stratégiques. En conséquence et de manière coordonnée, les attaques israéliennes se sont intensifiées, avec plus d'une centaine de frappes rapportées sur trois jours et des autorités évoquant la neutralisation de dizaines de hauts responsables militaires iraniens.
Sur le plan technique, les observateurs font état d’un recours mixte à des armes air‑sol guidées et à des frappes sol‑sol ; ces combinaisons expliquent en partie l'effet ciblé et l'ampleur des dégâts signalés.
À ce propos, Nic Jenzen Jones, directeur chez Armament Research Services, précise qu’« une variété de munitions guidées de précision a été utilisée », citant notamment des armes air‑sol comme l’AGM‑154 Joint Standoff Weapon (JSOW), des missiles air‑lancés Blue Sparrow, ainsi que des bombes de 500, 1 000 et 2 000 livres ; il ajoute que des Tomahawk lancés depuis la mer et le missile terrestre Precision Strike Missile (PrSM) ont aussi été employés.
En riposte, l’Iran a lancé une série de drones et de missiles qui ont visé non seulement Israël mais aussi plusieurs pays du Golfe, parmi lesquels les Émirats arabes unis, Bahreïn, la Jordanie, Oman et le Qatar, démontrant une volonté de représailles à large spectre.
Les autorités américaines ont confirmé la mort de six membres de leurs forces armées, tandis qu’une base de la Royal Air Force à Chypre, RAF Akrotiri, a été la cible d’un tir de drone, soulignant la portée transfrontalière des attaques iraniennes.
On estime que le missile iranien Sajjil possède une portée maximale d’environ 2 000 km, ce qui, en théorie, lui permettrait d’atteindre des villes aussi éloignées que Moscou ou Athènes et accroît la dimension géostratégique de la confrontation.
Par ailleurs, des images satellitaires montrent au moins 14 appareils stationnés à Diego Garcia, dont des chasseurs et des avions de patrouille maritime, ce qui illustre la composante discrète mais essentielle de la projection de puissance dans l’océan Indien.
En filigrane, la logistique aérienne explique une partie de l’intensité des opérations : des tracés de vol récents et des photos satellites confirment le mouvement de 47 avions cargos et ravitailleurs américains dirigés vers le Moyen‑Orient, dont au moins 15 ont transité par des bases britanniques.
La base de Diego Garcia ressort comme un nœud stratégique, avec quatre avions signalés en transit, et sa mise à contribution a ravivé une controverse politique ancienne : la cession des îles Chagos à Maurice et l’usage de l’île par les États‑Unis ayant suscité des critiques.
La controverse s’est même exprimée au plus haut niveau politique, puisque Sir Keir Starmer a d’abord refusé d’autoriser l’utilisation de la base par les États‑Unis pour frapper Téhéran, une décision qui trouve son contrepoint dans les attaques et dans les commentaires d’un autre dirigeant américain, Donald Trump, autour de la question des Chagos.
Parallèlement, plusieurs bases américaines en Allemagne ont vu leurs effectifs aériens fluctuer : depuis la fin février, des arrivées et des départs importants ont été enregistrés à Spangdahlem et Ramstein, traduisant un repositionnement logistique majeur sur le théâtre européen.
La base d’Al Udeid au Qatar, elle aussi pointée comme cible potentielle, affiche un solde de départs supérieur aux arrivées, tandis que des accumulations d’appareils sont visibles dans des bases au Koweït, en Israël et en Jordanie, ce qui montre la redistribution des moyens en soutien des opérations régionales.
Sur le littoral iranien, des images satellite ont révélé des incendies au port militaire de Bandar Abbas, centre logistique de la marine iranienne et lieu de contrôle de la passe stratégique du détroit d’Hormuz. Ainsi, la mer n’a pas été épargnée par la série d’attaques.
Un navire en flammes repéré près de Qeshm, le Makran — le plus grand bâtiment de la marine iranienne et conçu pour fonctionner comme base flottante — pourrait, s’il est hors de service, réduire sensiblement la capacité navale de Téhéran ; des fumées ont en outre été observées au quai de la base de Konarak et des frappes ont été rapportées autour du détroit d’Hormuz, artère vitale pour l’exportation pétrolière du Golfe.
Les forces navales américaines ont accru leur présence : au moins trois bâtiments ont été signalés dans le golfe Persique et une douzaine de navires opèrent entre le Moyen‑Orient et la Méditerranée, reflétant une posture destinée à sécuriser les lignes de communication et à soutenir des options militaires variées.
Le 25 février, le porte‑avions USS Abraham Lincoln a été observé à moins de 200 km des côtes d’Oman, escorté par un grand bâtiment aux fonctions de ravitaillement ou d’exercice, et, le 27 février, le porte‑avions USS Gerald R. Ford a été repéré en Méditerranée en route avec trois destroyers — un groupe de combat capable d’embarquer plus de 6 000 personnes et de projeter une puissance considérable.
Dans ce tableau, la guerre se joue simultanément dans le ciel, sur mer et à travers des réseaux logistiques : missiles guidés, drones, ravitaillements aériens et capacités de projection navale convergent vers une crise dont l’issue demeure incertaine.
Ces frappes et contre‑frappes modifient la géographie stratégique de la région en exposant des bases, des routes maritimes et des infrastructures souvent éloignées du théâtre immédiat, mais désormais directement impliquées dans la confrontation et susceptibles de nouvelles escalades.
La suite dépendra autant des choix opérationnels sur le terrain que des décisions politiques prises par les puissances impliquées ; en attendant, la situation reste fluide et porteuse de risques pour l’ensemble de la région.