BUENODIA

Homélie de la messe chrismale du Jeudi saint à Valladolid

Prêtre célébrant la messe chrismale du Jeudi saint à Valladolid, entouré de clercs et fidèles.

L’onction qui révèle des visages concrets

Quand François parle d’onction, il ne raconte pas une belle image religieuse : il décrypte des visages concrets. Les pauvres — ptochoi — ne sont pas une abstraction. La veuve qui presse ses deux pièces entre ses doigts n’est pas un exemple pour la galerie ; son geste, invisible aux yeux du monde, est vu par Jésus. Cette petite offrande « pèse » dans le Royaume plus que toutes les richesses visibles.

« Nous avons été oints pour oindre » : une logique missionnaire

Le pape résume cette logique en une phrase tranchante : « Nous avons été oints pour oindre. » Ce n’est pas un slogan théologique, mais une manière de dire que l’onction sacramentelle ne nous retire pas des pauvres ; elle nous envoie vers eux. Les disciples, au contraire, sont souvent ceux qui découvrent la bonne nouvelle seulement en regardant ces « sans-grade » : c’est dans leur petitesse que l’Évangile prend chair.

La lumière retrouvée : Bartimée et le don du regard

La lumière revient au récit de Bartimée. Le mendiant aveugle de Marc (Mc 10,46-52) retrouve la vue et devient, littéralement, quelqu’un qui marche les yeux ouverts vers Jésus. « Seigneur, que je voie », murmure-t-il — et c’est bien de cela qu’il s’agit : une « onction » pour la regard, pour redonner ce regard que le monde nous vole avec ses images vides et ses réclames. Quand Luc évoque les opprimés, il parle de traumata ; l’onction met la main sur ces blessures visibles et invisibles.

L’huile qui panse : le Bon Samaritain et la guérison sociale

La parabole du Bon Samaritain (Lc 10,34) donne la chair du propos. Là où des passants laissent un homme « moulu à coups » au bord du chemin, le Samaritain verse l’huile et panse les plaies : l’onction du corps blessé devient image de la guérison sociale. L’Église, dit le pape, est appelée à cette onction de chair : c’est elle qui rend possible le retour à la vie des personnes, des familles et des peuples « mis hors jeu » par la violence ou l’exclusion.

Prêtres : oindre en se reconnaissant pauvres et blessés

Enfin, François se tourne vers ses confrères prêtres — mais sans s’épargner. Les prêtres sont invités à se reconnaître pauvres, aveugles et blessés ; ils doivent s’identifier à ces visages pour mieux les servir.

Il avoue avec simplicité qu’en confirmant et en ordonnant « il aime bien répandre le saint chrême sur le front et les mains » : ce geste, ajoute-t-il, renouvelle aussi l’onction de celui qui l’accomplit. « Nous oignons en nous donnant nous-mêmes, en partageant notre vocation et notre cœur », dit-il encore. L’idée est nette : l’onction n’est efficace que si elle passe par des mains qui se donnent.

Publié le : 2 avril 2026
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