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Huit ados veulent changer l’école

Huit ados assis en cercle dans une salle de classe, discutant avec des cahiers et un tableau derrière eux

Un verdict sans détour sur le secondaire québécois

Huit ados de De Mortagne, une école publique de Boucherville sur la Rive‑Sud de Montréal, ont pris une pause déjeuner pour dire le fond de leur pensée sur le secondaire québécois. Verdict sans détour : « C’est pas fameux. » Après discussion, le groupe donne 6 sur 10 au système — les garçons 7, les filles 5.

Ils fréquentent l’école 180 jours par année.
Le groupe a donné une note de 6 sur 10 au secondaire québécois.

Ce qui marche: rares points positifs et le poids du CCQ

Ce qui marche? Pas grand‑chose, mais ils en trouvent quelques points positifs. Le rattrapage des examens fonctionne; la technologie permet de revoir facilement un cours; et le cours de culture et citoyenneté québécoise (CCQ) leur plaît parce qu’il aborde la vie réelle — éthique, sexualité, débat.

« En CCQ, on se développe comme personne », dit Mariola Camilien. Ils voudraient justement plus d’heures de CCQ : aujourd’hui, deux périodes sur neuf jours, jugent‑ils trop peu.

Les blessures sociales qui pèsent plus que les maths

Les vraies douleurs ne sont pas pédagogiques mais sociales. Rivalités, ostracisme, bagarres dans les autobus, jugement constant sur le look — tout cela pèse plus que les maths.

Les réseaux sociaux, eux, étendent la cour d’école jusque chez soi : harcèlement en ligne et partage illégal de sextos détruisent la santé mentale, presque toujours celle des filles. Les élèves répondent d’un seul élan quand on leur demande si ça s’est produit à De Mortagne cette année : « Ben oui. » Malgré une interdiction des cellulaires à l’école depuis la rentrée, les dégâts numériques continuent.

Des priorités claires: aide, écoute et réformes pratiques

Du coup, leurs priorités pour changer l’école sont claires. Première exigence : plus d’aide en santé mentale. « Notre génération est plus anxieuse », dit Julia Dumont; ils veulent pouvoir parler facilement à quelqu’un, pas attendre d’avoir un diagnostic d’apprentissage pour accéder aux services.

Ils demandent aussi des profs qui écoutent — la vocation existe, mais le respect doit être mutuel, rappellent‑ils. Certains enseignants, pensent‑ils, sont trop protégés par le système quand ils devraient rendre des comptes.

Enfin, la question structurelle : le fameux « système à trois vitesses » — privé, public sélectif, public régulier — ne leur est pas étrangère. Trois des huit sont en programme particulier en arts, cinq au régulier; tous remarquent que les élèves du privé semblent avoir plus de ressources et de pression.

« On devrait égaliser », propose Yohann Lengo. Côté petites réformes pratiques, ils voudraient que le téléphone soit interdit en classe mais autorisé pendant les récréations; Paul Rouiller, qui a étudié en France, aimerait plus de vacances — sans pour autant importer un modèle qu’il juge épuisant.

Ils ont hâte d’en finir avec le secondaire. « Chu pu capable du secondaire », résume Stella Parent‑Thibault, sous les regards approbateurs du groupe — huit visages qui réclament moins de drame et plus d’écoute.

Les huit élèves : Mariola Camilien, Marilou Sylvestre, Julia Dumont, Wilfrid Tchoukeu, Santiago Forero, Paul Rouiller, Stella Parent‑Thibault, Yohann Lengo.

Publié le : 9 avril 2026
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