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Inès Chatin dénonce un réseau pédocriminel à Paris

Inès Chatin devant un bâtiment parisien, parlant aux médias, avec la tour Eiffel floue en arrière-plan
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Quand Inès Chatin brise le silence sur les lambris dorés

Le 7 avril 2024, Inès Chatin a pris la parole sur France Inter pour raconter une enfance volée sous « les lambris dorés » de la grande bourgeoisie parisienne. Victime de viols dès l’âge de quatre ans, elle dénonce l’existence d’un système pédocriminel qui, selon elle, a prospéré au cœur de l’intelligentsia — les « hommes de la rue du Bac ». Sa parole suit une enquête de Libération et la parution du livre Les Hommes de la rue du Bac (JC Lattès), coécrit avec le journaliste Willy Le Devin.

Descriptions de cérémonies ritualisées et substances évoquées

Son récit ne se contente pas d’accusations vagues. Elle décrit des « cérémonies » ritualisées : des enfants drogués — elle évoque l’usage de benzodiazépines comme le Temesta — encerclés par des hommes masqués et vêtus de capes, soumis à des actes de pénétration et sommés de ne pas pleurer. « Quand on vous interdit la parole, c’est le corps qui crie », dit-elle, évoquant des traumatismes sensoriels qui n’ont jamais cessé. Inès affirme avoir été livrée à ce cercle par son père adoptif, le médecin Jean‑François Lemaire, et abusée jusqu’à la puberté par des « oncles » qui comptaient parmi les plus en vue du monde culturel et médiatique.

Noms cités et enregistrements retrouvés

Parmi les noms cités figurent Gabriel Matzneff, Claude Imbert, Jean‑François Revel, François Gibault et Jean‑Michel Di Falco. Dans des enregistrements retrouvés par Inès, Jean‑François Lemaire admet les faits et les rationalise en parlant d’une supposée « esthétisation » du corps enfantin, en invoquant des références à l’Antiquité gréco‑romaine. Cette idéologie, qui prétend ériger la violence sexuelle en matrice intellectuelle, est au cœur de la plainte morale qu’elle cherche à briser aujourd’hui.

Enquête judiciaire au cœur du 7e arrondissement et le spectre de la prescription

L’affaire vise des intellectuels du 7e arrondissement de Paris. Une enquête judiciaire est en cours, malgré la prescription probable de nombreux faits. Le risque est réel : la majorité des violences dénoncées pourrait ne jamais donner lieu à des poursuites pénales, faute de délais judiciaires.

Publier pour fissurer l’omerta et appeler d’autres victimes

Pour Inès Chatin, l’enjeu dépasse la répression individuelle. Publier son histoire, nommer les coupables, raconter les procédures et les enregistrements, c’est tenter de rompre l’omerta qui protège certaines lignées sociales. Elle appelle aujourd’hui d’autres victimes « silencieuses » à sortir de l’ombre pour mettre fin à un cycle intergénérationnel de violences. Si l’État et la justice peinent à rattraper le passé, sa parole vise au moins à fissurer l’impunité symbolique dont ces milieux ont longtemps bénéficié.

Publié le : 10 avril 2026
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