
La flambée a commencé à Téhéran fin décembre 2025, d’abord comme une crise purement économique : le rial avait perdu 40 % de sa valeur depuis la guerre des Douze Jours et la population sentait le coup au portefeuille. De plus, les sanctions du second mandat de Donald Trump pesaient encore sur l’économie, ce qui a précipité une grève inhabituelle du Grand Bazar et un appel rare aux forces de l’ordre « à se placer du côté du peuple ».
Ce qui avait démarré comme une colère sur le prix des biens a très vite muté en défi politique, mêlant revendications sociales et demandes de changement de régime, et transformant les commerçants du bazar en acteurs déterminants de la contestation.
Les jours suivants, la colère a débordé hors de la capitale : à partir du 29 décembre 2025, des manifestations d’abord pacifiques se sont répandues à travers la république, perdant leur unique caractère économique pour réclamer la fin du régime, la liberté, et même le retour du chah. Néanmoins, les autorités ont tenté d’étouffer l’élan—sans succès.
Pour calmer la situation, le président Masud Pezeshkian a prononcé des mots d’apaisement : « La subsistance de ma population est ma préoccupation quotidienne », a‑t‑il déclaré, appelant à une « critique constructive ». Malgré ces paroles, la pression sociale n’a cessé de monter.
Sur la scène internationale, la logique était inverse : alors que des pourparlers se tenaient à Oman, la rhétorique et les préparatifs militaires traduisirent une tension croissante. En avril 2025, Donald Trump assurait qu’« Israël ne nous entraînera pas dans une guerre avec la République islamique d'Iran », tandis que des négociateurs comme Abbas Araghchi tentaient d’aborder la question sensible de la prolifération nucléaire.
En coulisses, les gestes comptaient autant que les mots : Washington avait déployé la veille une fraction notable de sa flotte de bombardiers furtifs et la Maison‑Blanche évoquait une campagne de frappes « jamais vue auparavant », mélangeant tactique de négociation et menace de coercition.
Entre mars et mai 2025, l’escalade a pris des formes multiples et lointaines : l’administration américaine a lancé sa plus grande campagne contre les Houthis au Yémen, visant radars, défenses anti‑aériennes et infrastructures de drones, en réponse aux tensions autour de Gaza. En juin 2025, des frappes américaines ont même atteint des installations nucléaires iraniennes — la seule attaque américaine signalée sur le sol iranien pendant la guerre des Douze Jours.
Cette offensive terrestre et aérienne rappelait par ailleurs des précédents technologiques : en 2010, le virus Stuxnet avait neutralisé des centrifugeuses, une opération que des responsables américains anonymes ont ensuite attribuée à une collaboration avec Israël sous l’administration de George W. Bush.
À l’aube de 2026, la contestation avait gagné l’ensemble du pays, mais la réponse du pouvoir a été implacable. Des images montrent les forces antiémeutes fermant boutiques et marchés et dispersant des foules, tandis que des arrestations massives ont suivi un verrouillage de l’espace public et des réseaux d’information.
Aux premières heures de janvier 2026, la répression a tourné au massacre : à Malekshahi, des manifestants scandaient « Mort à Jamenei » lorsque la Garde révolutionnaire a ouvert le feu, tuant cinq personnes et blessant au moins une trentaine d’autres. Peu après, la coupure totale d’internet et du téléphone, survenue le 8 janvier 2026, a fermé la dernière fenêtre d’information.
Sur une scène rendue opaque par les communications rompues, les appels depuis l’exil ont tenté de maintenir la flamme protestataire : Reza Pahlavi, fils du chah, avait appelé la population à manifester à 20 heures pour « que la voix du peuple se fasse entendre ». Les forces de sécurité ont alors arrêté des milliers de personnes et, selon plusieurs témoignages, auraient tué des centaines d’entre elles. Malgré les couvre‑feux, les manifestations ont tenu jusqu’au 21 janvier, puis observé une pause d’un mois.
La nature des acteurs impliqués a changé de statut sur la scène internationale. Depuis avril 2019, l’administration américaine avait classé la Garde révolutionnaire islamique comme « organisation terroriste étrangère » ; le Canada l’a suivie en 2020, et l’Union européenne a ajouté sa propre désignation en janvier 2026. Ainsi, un instrument de pouvoir interne est devenu un objet de politique étrangère, à la fois cible et outil de répression.
Historiquement, la Garde remonte à la révolution de 1979 et répond au guide suprême ; en 2026, elle se retrouvait prise entre légitimation idéologique et ostracisme diplomatique, ce qui a redéfini les risques de confrontation extérieure.
La reprise de la violence extérieure a culminé à la fin février : la nuit qui marque le point de bascule, le 28 février 2026, les forces américaines et israéliennes ont lancé une opération militaire conjointe contre la République islamique d'Iran. Washington a baptisé l’action « Furia épique », tandis que Tel‑Aviv l’a appelée « Lion rugissant ».
Les raids auraient visé plusieurs responsables militaires iraniens et, selon des informations ensuite diffusées, auraient même atteint le guide suprême Ali Hosseini Jamenei. Par ailleurs, des frappes ont touché une école, faisant des dizaines de victimes parmi les civils et accentuant la dimension humanitaire du conflit.
Le tableau qui en ressort est sombre : l’effondrement du rial, les bazars en grève, des négociations secrètes à Oman, des déploiements de bombardiers, la coupure totale d’internet, des massacres de manifestants et enfin des frappes internationales se sont nourris les uns les autres. En effet, chaque élément a servi d’amplificateur aux autres, brouillant les frontières entre protestation sociale, répression intérieure et affrontement militaire régional.
Ainsi, les lignes de front ne se contentent plus de traverser des cartes diplomatiques : elles se matérialisent désormais dans les rues et dans le ciel, transformant la vie quotidienne de millions d’Iraniens et redessinant le paysage géopolitique du Moyen‑Orient.
Cette chronique d’une crise enchâssée entre économie, politique et guerre reste ouverte ; il est probable que les prochains mois continueront de mêler négociations, pressions et violences, et que l’avenir du pays se jouera à la croisée de ces tensions.