Épuisés, affamés et effrayés, les journalistes à Gaza vivent des conditions déplorables. Abdullah Miqdad, journaliste, a déclaré : "Je n'aurais jamais imaginé vivre et travailler dans une tente, privé des besoins humains les plus élémentaires." Les journalistes sont contraints de s'installer près des hôpitaux pour avoir accès à l'électricité et à Internet.
Depuis le début du conflit, la plupart d'entre eux travaillent dans des tentes. Les hôpitaux, dont les générateurs fonctionnent, offrent l'électricité nécessaire pour recharger les téléphones et les équipements. Cependant, cette proximité avec les hôpitaux ne garantit pas leur sécurité, car des frappes israéliennes ont tué plusieurs journalistes.
Au moins 197 journalistes et travailleurs des médias ont été tués depuis le début de la guerre, selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Ahed Farwana, du Syndicat des journalistes palestiniens, a exprimé la peur constante ressentie par les journalistes : "Nous sommes ciblés en permanence." Malgré l'épuisement, la demande de couverture médiatique reste forte.
Cette situation a permis à de jeunes Palestiniens, sans expérience préalable, de devenir reporters. Beaucoup travaillent pour des médias locaux ou internationaux, mais souvent sous des contrats temporaires, ce qui rend leur emploi précaire et variable en termes de ressources.
Les frappes israéliennes ont eu des conséquences tragiques. Cinq journalistes ont été tués lors d'une frappe sur l'hôpital Nasser, ce qui a suscité des réactions internationales. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a qualifié l'incident de "tragique malentendu". Cependant, les journalistes et leurs familles continuent de vivre dans l'angoisse.
Les forces israéliennes ont nié cibler les journalistes, mais des allégations précises ont été formulées. Le CPJ a accusé l'armée israélienne de mener une "tentative délibérée" de dissimuler ses actions. La situation reste tendue et la situation des journalistes est critique.
Les journalistes à Gaza souffrent de la même faim que les populations qu'ils couvrent. Un rapport de l'IPC a confirmé la famine à Gaza, affectant plus de 500 000 personnes. Ahmed Jalal, journaliste indépendant, a partagé son expérience : "Une tasse de café mélangée avec des pois chiches peut être tout ce que l'on consomme durant une journée de travail."
Les journalistes sont souvent déplacés, mais continuent de travailler tout en cherchant à subvenir aux besoins de leur famille. Ahmed a exprimé sa douleur face à la perte de ses collègues, tout en gardant son professionnalisme devant la caméra.
Ghada Al-Kurd, correspondante pour le magazine allemand Der Spiegel, a déclaré que deux ans de couverture de la guerre ont profondément changé les journalistes. "Nous avons perdu la capacité d'exprimer nos émotions," a-t-elle expliqué. La guerre a modifié leurs psychés, et il leur faudra un long processus de guérison après la fin du conflit.
Elle ressent une peur constante pour ses enfants et un chagrin immense pour son frère et sa famille, dont les corps sont probablement toujours sous les décombres. La situation actuelle laisse une empreinte indélébile sur leur santé mentale.
Les journalistes à Gaza font face à des défis inimaginables, oscillant entre la nécessité de rapporter des faits et la lutte pour leur propre survie. Ils vivent dans un état de stress permanent, confrontés à la douleur, à la peur et à la faim. Leur travail est essentiel, mais les conditions dans lesquelles ils exercent leur métier sont inacceptables et doivent être reconnues.