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Junts fait tomber le « bouclier social » et provoque le PSOE

Junts au Parlement, députés levant la main lors d’un vote, avec le logo du PSOE en arrière-plan

Un bouclier social qui se fissure malgré les fanfares

Cette semaine, le parti au pouvoir a multiplié les déclarations triomphales: le PSOE assurait avoir recollé tous ses partenaires à la même table. Cependant, la fin de la semaine montre une tout autre image — chaque partenaire s’adresse désormais à son propre électorat, et le « bouclier social » annoncé depuis La Moncloa commence à se lézarder aux yeux de la majorité.

Couper pour sauver l'essentiel : le démantèlement du décret omnibus

Pour protéger les pensions, le gouvernement a choisi d’opérer au bistouri: il a extrait la réforme des retraites du décret omnibus et a isolé le reste — moratoire sur les expulsions, tarif social de l’électricité et interdiction de couper les fournitures aux consommateurs vulnérables — dans un nouveau texte. Le calcul était simple et ciblé : préserver près de dix millions de pensionnés et renégocier séparément les autres aides.

Le remède a sauvé l’essentiel, mais il n’a pas empêché la guerre interne entre alliés, qui persiste dans la forme autant que dans le fond.

Le nouveau texte et la concession aux petits bailleurs

Le nouveau décret rassemble 21 mesures sociales et comprend une modification sensible : il exonère les propriétaires possédant jusqu’à deux logements loués de l’obligation de proposer un logement alternatif en cas d’impayé. Ainsi, la contrainte pesant sur de petits bailleurs est allégée, tandis que le rôle des services sociaux est renforcé pour gérer les situations.

Ces retouches, négociées entre le PSOE et le PNV, ont servi de piste d’atterrissage politique, mais elles n’apportent pas une garantie d’adhésion totale. Pour le PNV, il s’agit d’un ajustement d’équilibre ; pour d’autres partenaires, les doutes persistent.

À la table, deux refus irréconciliables

La réaction des formations a été nette et fragmentée. Junts juge le texte insuffisant, dénonçant des failles techniques, tandis que Podemos le rejette sans appel. La rupture n’est pas uniquement tactique : elle est idéologique et technique, et ces lignes de désaccord ne se rejoignent pas.

Dans une vidéo très directe, Miriam Nogueras a annoncé que son groupe voterait contre la prorogation d’une mesure qu’il considère « injuste », car elle ferait peser le coût sur de petits propriétaires et leurs voisins. De son côté, Ione Belarra a qualifié l’accord de « pacte criminel », refus catégorique qui complique encore les manœuvres gouvernementales.

Positions figées et tentatives de médiation

À La Moncloa, on rappelle que Junts avait soutenu le bouclier social l’an dernier en échange d’un système public de garanties pour les petits propriétaires, et que le PNV a joué les facilitateurs, présentant sa proposition aux intéressés avant de la rendre publique. Néanmoins, malgré ces efforts, les positions se sont cristallisées : les discussions formelles avec Junts n’ont pas repris et Podemos refuse de fixer son vote tant qu’il n’a pas lu une « lettre petite » annoncée mais non rendue publique.

Les arithmétiques d’une majorité fragile

Les calculs restent serrés. Si EH Bildu, ERC, le BNG et la Coalición Canaria reconduisent leur appui, il suffirait que l’un — Junts ou Podemos — vote pour et que l’autre s’abstienne pour que la majorité tienne. En revanche, le moindre départ suffirait à tout faire basculer.

La récente démission de José Luis Ábalos a rendu un siège au PSOE et offert un peu d’air, sans pour autant modifier profondément la donne : la majorité reste dépendante d’acteurs qui se surveillent et se tiennent en équilibre.

Tensions internes et diagnostics divergents

La situation est d’autant plus paradoxale que le PSOE célébrait la recomposition du bloc après des mois de tensions sur l’immigration, les compétences et le calendrier législatif. La régularisation extraordinaire négociée avec Podemos et les avancées sur la délégation de compétences à la Catalogne, conclues avec Junts, avaient donné l’image d’une majorité retrouvée; le bouclier social devait en être la concrétisation.

Pourtant, la crise actuelle met surtout en lumière les méfiances: la gauche du PSOE reproche d’avoir négocié d’abord avec le Pays basque puis d’avoir exercé des pressions sur Podemos, Junts affirme que son rejet est technique plutôt qu’idéologique, et le PNV soutient qu’on ne peut opposer un collectif vulnérable à un autre. Trois diagnostics pour une même loi, et autant d’impasses possibles.

Le pari du pragmatisme à quelques jours du vote

À quelques jours du scrutin, le gouvernement mise sur un retour au pragmatisme : l’espoir est que les acteurs finissent par mesurer les conséquences concrètes d’un échec plutôt que de s’enfermer dans des postures. Ce qui est en jeu dépasse la prorogation d’un moratoire qui, l’an dernier, a bénéficié à des dizaines de milliers de locataires ; il s’agit aussi de la capacité de l’exécutif à ordonner sa propre majorité lorsque les intérêts s’entrechoquent.

Sánchez a déjà démontré qu’il sait diviser pour préserver l’essentiel. Reste maintenant à voir s’il saura diviser pour reconstruire, en trouvant un équilibre qui tienne avec des partenaires aux horizons si différents.

La prochaine semaine dira si le « bouclier social » devient un compromis capable de rassembler ou reste l’illustration d’une majorité qui peine à parler d’une seule voix.

Publié le : 26 février 2026
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