BUENODIA

Comment ne pas avoir le sentiment de passer à côté de sa vie ?

Poêle à bois moderne allumé dans un salon, avec mention d’une aide au chauffage au bois jusqu’à 1 250 € en 2026

Quand Orelsan met des mots sur la peur de l'échec

« J'f'rai tout pour ne jamais devenir un cinquantenaire paumé », chante Orelsan. Quelques vers plus loin : « J'vais crever, mais j'ai jamais kiffé, ma famille m'empêche de vivre. » Ces phrases disent ce que beaucoup ressentent sans le formuler : la peur d'avoir troqué ses envies pour des obligations, et que, déjà, il est trop tard.

Un malaise largement partagé, entendu par une clinicienne

Près d’un Français sur deux se dit concerné par le regret de « passer à côté de sa vie ». Monique de Kermadec est psychologue clinicienne et psychanalyste à Paris. Interrogée en avril 2025, elle reconnaît ce malaise chez de nombreux patients et explique pourquoi il revient si souvent en consultation.

Les origines du regret et l'effet des repères collectifs

D'où vient ce sentiment ? Souvent, il naît d'une confusion entre choix personnels et attentes extérieures : famille, statut social, codes culturels. Quand on mesure sa vie à l'aune des repères collectifs — diplôme, couple, carrière, maison — l'écart entre ce qu'on a et ce qu'on imaginait peut paraître colossal. À cela s'ajoute la comparaison permanente via les réseaux : on voit des vies qui semblent « accomplies » et l'on oublie que l'image publique efface l'incertitude et les renoncements.

Monique de Kermadec souligne aussi la temporalité : le regret s'intensifie quand on se sent victime d'un temps perdu, et non acteur de ses choix. Cette sensation peut être paralysante — elle donne l'impression que toute décision nouvelle arrive « trop tard ». Mais elle n'est pas une condamnation. La thérapeute rappelle que le constat est un début, pas une fin.

Des pistes concrètes : clarifier, tester, parler

Que faire, alors ? D'abord, clarifier. Poser des mots sur ce que l'on regrette vraiment sépare le vague malaise du problème concret. Ensuite, tester en petit : une décision limitée dans le temps ou l'espace suffit souvent à raviver la sensation d'être vivant. Enfin, parler — en famille, entre amis ou avec un professionnel — permet de repérer ce qui relève de l'histoire personnelle et ce qui est imposé.

Ce n'est pas une question de grands gestes héroïques mais de micro‑réparations : reprendre des habitudes laissées de côté, refuser une contrainte, accepter de réorienter un projet. Pour beaucoup, la thérapie est l'outil qui aide à distinguer désir authentique et conformisme appris. Pour d'autres, c'est l'expérience directe — changer de rythme, voyager, créer — qui dissipe le sentiment d'inachevé.

On ne « rattrape » pas forcément le temps, mais on peut le redessiner. Orelsan le traduit crûment : la peur d'arriver au bout sans avoir « kiffé » peut pousser à l'action — ou à la paralysie. À chacun de choisir.

Publié le : 9 mars 2026
link