
Dans un quartier de la lagune de Lagos, des maisons en bois ont été démolies, provoquant la colère des habitants. La mère de cinq enfants, Anna Sobie, fait partie des nombreuses personnes touchées par ces évacuations. Les autorités locales sont accusées de mener une opération de gentrification dans cette zone côtière, mais elles défendent leur action en évoquant des risques pour la santé.
Les démolitions ont commencé juste avant Noël, lorsque des équipes d'excavation, escortées par des policiers armés, ont envahi le quartier de Makoko. Selon un communiqué de dix ONG, des "hommes armés et des équipes de démolition" ont agi sans préavis, mettant en danger des vies humaines. Les habitants rapportent que des maisons ont été incendiées alors que les résidents étaient encore à l'intérieur.
Lors de la visite de la BBC, des fumées s'élevaient des débris de maisons incendiées. Des excavatrices continuaient de travailler le long de la côte, tandis que des maisons sur pilotis étaient encore détruites. Makoko, fondé au 19ème siècle par des communautés de pêcheurs, est maintenant en proie à des tensions liées à la propriété de la lagune, contestée par le gouvernement de l'État.
Plus de 10 000 personnes ont été déplacées suite à la destruction de plus de 3 000 maisons, ainsi que d'écoles et d'églises. Sobie, dont la maison a été rasée, témoigne de la rapidité de l'événement, indiquant qu'elle n'a pas eu le temps de sauver ses affaires. Son fils, Solomon, ne va plus à l'école et aide sa mère à ramasser du bois de chauffage.
Des manifestations ont eu lieu, avec plus de 1 000 résidents demandant une audience avec le gouverneur. La réponse des forces de l'ordre a été violente, avec des tirs de gaz lacrymogène. Les ONG affirment que ces démolitions font partie d'un schéma plus vaste visant à chasser les populations pauvres pour des intérêts privés.
Le gouvernement de l'État de Lagos défend les démolitions en affirmant qu'elles sont nécessaires pour des raisons de sécurité, notamment en raison de la proximité des lignes à haute tension. Le conseiller spécial du gouverneur a déclaré qu'aucun gouvernement responsable ne permettrait à des gens de vivre sous de telles conditions. Il a aussi promis une aide financière aux familles touchées.
Cependant, de nombreux résidents craignent que ces actions ne soient qu'un prétexte pour favoriser le développement immobilier dans la région. Les accusations de gentrification persistent, alors que le marché immobilier à Lagos devient de plus en plus compétitif.
Les ONG ont exprimé leur inquiétude quant à l'avenir de Makoko, affirmant que les démolitions représentent un "agenda sinistre" pour s'emparer de terres. Malgré les promesses d'amélioration du logement, la demande continue de surpasser l'offre. La population de Makoko, estimée entre 80 000 et 200 000 habitants, vit dans une précarité croissante.
Les témoignages des résidents révèlent un profond désespoir. Elizabeth Kakisiwe, qui a perdu sa maison, raconte comment elle doit maintenant dormir à même le sol avec ses enfants. Pour beaucoup, la situation devient de plus en plus intenable, et la peur d'une nouvelle évacuation demeure constante.
La situation à Makoko est un reflet des défis auxquels fait face Lagos, une ville en pleine croissance mais marquée par des inégalités croissantes. Alors que les autorités justifient les démolitions par des préoccupations de sécurité, les habitants continuent de lutter pour leur existence. Leurs voix, souvent étouffées, méritent d'être entendues dans ce contexte de changement rapide.