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L’Espagne contrôlera les arrivées à Gibraltar après le Brexit

Poste-frontière entre l’Espagne et Gibraltar, agents contrôlant les passeports des voyageurs après le Brexit

Un traité provisoire lève le voile sur l'avenir frontalier de Gibraltar

Depuis des années, Gibraltar vivait dans l'incertitude née du Brexit ; le brouillard politique commence à se dissiper. Un projet de traité long d'environ 1 000 pages a été publié jeudi et détaille la manière dont la petite péninsule britannique et l'Union européenne entendent gérer leurs frontières après la rupture, donnant enfin des contours concrets à une situation restée floue depuis 2016.

Des contrôles « en deux temps » sans adhésion à Schengen

Le texte change la nature pratique du passage entre le Rocher et l'Espagne, sans pour autant faire de Gibraltar un membre de l'espace Schengen. Les contrôles resteront organisés « en deux temps » : d'abord des vérifications par les agents gibraltariens, puis des contrôles selon les règles Schengen effectués par les autorités espagnoles dans une zone spéciale des aéroports et des ports de Gibraltar.

Concrètement, cela signifie que les voyageurs britanniques devront présenter leur passeport aux gardes-frontières espagnols, même si le territoire ne rejoint pas officiellement Schengen ; ainsi, la gestion des flux prendra une forme hybride, mêlant souveraineté locale et procédures européennes.

Ce que pourront faire les autorités espagnoles

Le traité précise les pouvoirs accordés aux gardes espagnols : ils pourront arrêter, fouiller et interroger les voyageurs « lorsque cela est justifié dans le cadre du contrôle aux frontières ». L'objectif affiché est d'instaurer des contrôles fiables tout en supprimant à terme La Verja — la clôture de chaîne de 1,2 km qui sépare Gibraltar de l'Espagne — une barrière franchie chaque jour par environ la moitié de la main-d'œuvre du Rocher.

Réactions politiques : entre soulagement et prudence

Les autorités de Gibraltar ont salué l'accord ; le chef du gouvernement, Fabian Picardo, a dit qu'il apporte « la certitude dont nos concitoyens et nos entreprises ont besoin », exprimant un soulagement palpable après des années d'incertitude. Côté espagnol, le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a évoqué la disparition possible de « la dernière muraille de l'Europe continentale » dans une vidéo de bienvenue.

De leur côté, les autorités britanniques ont comparé le dispositif à ce qui se pratique à la gare de Londres St Pancras, où l'Eurostar subit des contrôles à la fois britanniques et français, afin d'illustrer le parallèle opérationnel sans que Gibraltar perde sa spécificité territoriale.

Dimensions économiques et logistiques

Les aspects économiques n'ont pas été négligés : la majorité des marchandises destinées à Gibraltar seront dédouanées par des bureaux douaniers de l'UE situés en Espagne, afin d'éviter un contrôle douanier systématique à la frontière terrestre. De plus, le Royaume-Uni et l'UE conviennent d'apporter des contributions financières non précisées à un fonds destiné à promouvoir la formation et l'emploi dans les régions espagnoles voisines.

Sur le plan des transports, le caractère cosmopolite des flux reste tangible : les Britanniques représentaient 86,5 % des départs de l'aéroport de Gibraltar en 2024, ce qui souligne l'importance d'un accord qui facilite à la fois le passage des personnes et la circulation des biens.

Calendrier serré et processus de ratification

Le calendrier est serré : Gibraltar espère appliquer provisoirement l'accord à partir du 10 avril, date à laquelle le nouveau système automatisé de contrôle des frontières de l'UE doit entrer pleinement en service après plusieurs retards. Néanmoins, le traité n'est pour l'heure qu'une version brouillon publiée pendant que les équipes juridiques terminent les relectures et les traductions.

Il devra ensuite être ratifié par les parlements du Royaume-Uni et par le Parlement européen pour entrer pleinement en vigueur, ce qui laisse une fenêtre de négociation et d'amendement avant son application définitive.

Inquiétudes et points de vigilance

L'accord conduit aussi à des interrogations : depuis le Brexit, les résidents de Gibraltar pouvaient franchir la frontière sans faire tamponner leur passeport, mais des épisodes de contrôles plus stricts avaient déjà tendu les relations. Certains députés britanniques demandent un examen approfondi du texte, craignant notamment un possible « dépassement opérationnel » par la police espagnole.

Face à ces craintes, le ministre des Affaires étrangères Stephen Doughty a présenté le traité comme le signe d'« une nouvelle ère de coopération » entre le Royaume-Uni et l'UE, rappelant que la mise en œuvre devra conjuguer sécurité, liberté de circulation et respect des droits des résidents.

Que reste-t-il à surveiller ?

Le contexte l'impose : Gibraltar n'était pas couvert par l'accord commercial de 2021 entre Londres et Bruxelles et a souvent été décrit par le gouvernement britannique comme « la dernière pièce du puzzle de la sortie de l'UE ». Ce projet de traité met enfin des contours concrets sur cette pièce, mais il reste à savoir si le compromis tiendra face aux impératifs politiques et aux frictions quotidiennes d'une frontière si particulière.

En somme, ce projet de traité représente une avancée technique et diplomatique majeure, mais sa réussite dépendra désormais de l'arsenal juridique final, de la ratification parlementaire et, surtout, de la manière dont les autorités mettront en musique ces nouvelles règles au quotidien.

Publié le : 26 février 2026
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