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Le Liban pris entre deux feux dans la guerre

Drapeau libanais flottant devant des immeubles endommagés, avec fumée au loin dans le ciel gris

Beyrouth sous haute tension

Beyrouth vit en apnée depuis le 2 mars. Certains dorment chaussures aux pieds ; d’autres laissent les fenêtres ouvertes et les rideaux tirés, prêts à se protéger des vitres qui volent en éclats. Les portables, tour à tour instrument de survie et de torture, diffusent en boucle les dernières frappes et les ordres d’évacuation — impossible de savoir quoi croire, impossible de se sentir en sécurité.

Paniques, directives et guerre psychologique

Le 5 mars, un Tweet en arabe d’Avichay Adraee, porte‑parole arabophone de Tsahal, a précipité la panique : 700 000 habitants de la banlieue sud de Beyrouth ont fui leur quartier. La nouvelle doctrine israélienne est sans équivoque : avant chaque attaque, Tsahal publie les coordonnées des cibles, parfois avec des cartes géolocalisées, poussant des familles à décider en quelques minutes quoi emporter et où aller. La guerre psychologique fonctionne aussi bien que les drones ; une explosion entendue au loin suffit à déclencher des centaines de messages contradictoires sur WhatsApp.

Attaques du 12 mars et conséquences immédiates

Le 12 mars, à l'aube, deux tirs de drone ont tué douze déplacés.

Le 12 mars, à l'aube, deux tirs de drone ont tué douze déplacés, des civils déjà privés de tout. Quelques heures plus tard, un missile frappait la faculté des sciences de l’Université libanaise à Hadath : le directeur Hussein Bazzi et le physicien Mortada Srour sont morts dans la cour. Israël affirme que Srour était impliqué dans la fabrication de drones pour le Hezbollah ; le recteur conteste cette version. Dans l’après‑midi, quatre roquettes ont frappé un bureau d’Al‑Qard Al‑Hassan en plein cœur de Beyrouth, ciblant ce qui est perçu comme le « portefeuille » du mouvement chiite — alors que cette banque solidaire assure des prêts sans intérêt à des dizaines de milliers de familles depuis l’effondrement du système bancaire libanais.

Intimidations aériennes et vie quotidienne suspendue

Les frappes ne se limitent pas aux zones traditionnellement touchées. « Très bientôt, Dahiyeh ressemblera à Khan Younes », a promis le ministre des Finances israélien, et les tracts largués par avion, portant un QR code renvoyant vers l’Unité 504, ont ajouté une dimension d’intimidation nouvelle : recrutez‑vous ou partez. Le 14 mars à 5 heures du matin, un missile Hellfire a frappé un immeuble de standing au nord de Beyrouth ; la cible, selon l’armée, était Ali Ther Omar — coach sportif le jour, combattant présumé la nuit. Des voisins, incrédules, racontent un homme « sans histoires » qui ne possédait même pas de téléphone pour éviter la géolocalisation.

La ville festive ne danse plus. Les rues sont vides à l’heure de la rupture du jeûne, les quartiers chrétiens ont perdu leur effervescence du samedi soir, et le bourdonnement constant des drones recouvre toute la métropole. On redoute une offensive terrestre au sud, la résurgence d’une occupation comme celle qui s’est achevée en 2000, et même une ouverture d’un second front au nord si la Syrie s’en mêle. Le Liban marche sur un fil : ses fractures internes, réveillées, pourraient faire de ce qui commence comme un affrontement régional la huitième guerre depuis l’indépendance, en 1943.

Publié le : 18 mars 2026
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