
La campagne pour la mairie de Los Angeles, attendue comme une formalité, s’est transformée en spectacle politique grâce à Spencer Pratt. Ancien vedette de télé-réalité devenu candidat républicain, Pratt a fait de la performance son arme : des spots viraux, un message simple sur la sécurité et la qualité de vie, et une présence sur le terrain qui ont brouillé les cartes d’une élection que beaucoup croyaient jouée.
Un sondage Emerson College réalisé les 9 et 10 mai 2026 donne Karen Bass à 30 %, Spencer Pratt à 22 % et Nithya Raman à 19 %. La part des indécis est tombée de 51 % en mars à 16 % en mai.
Ce basculement s’explique en grande partie par l’émergence de messages très travaillés. Un clip compare les maisons intactes de Bass et Raman à celle de Pratt, incendiée lors des feux de l’an dernier, et dénonce « ne pas vivre dans le chaos qu’ils ont créé ». Un autre spot, entièrement généré par intelligence artificielle, montre une Bass fictive traversant campements et parcs pris par la drogue, la caricaturant en incapable de résoudre les problèmes qu’elle a promis d’affronter. Ces images ont transformé le ressentiment des électeurs en une dynamique tangible.
Pratt n’est pas seulement viral : il encaisse des soutiens financiers et culturels. Depuis janvier, il a récolté des dons de figures locales comme Jeanie Buss et du financier Dan Loeb, tandis que des personnalités du divertissement — David Foster et le producteur Jeff Jenkins — animent ses collectes. Les marchés de paris ont ajusté leurs cotes : la probabilité de victoire de Pratt est passée d’environ 10 % début avril à 25 % aujourd’hui, et la probabilité d’un duel Bass–Pratt en deuxième tour a bondi de 6 % à 77 %.
La poussée de Pratt a aussi des conséquences politiques immédiates. Après un débat où il a attaqué Bass et mis Raman en difficulté, ses deux rivaux ont décliné le deuxième débat, et la maire sortante a commencé à déplacer son discours vers le centre. Sa campagne insiste sur les votes de Raman jugés permissifs vis‑à‑vis des campements et sur la nécessité de renforcer la police — un signe clair que Bass perçoit Pratt comme la menace principale.
Les chiffres structurels rendent la situation encore plus précaire pour l’incumbent. Selon l’indice Luskin sur la qualité de vie, la satisfaction des Angelenos est à un niveau historiquement bas : 56 % sont mécontents de la gestion des efforts de reprise après les feux, et huit des neuf catégories de l’indice ont reculé. Parallèlement, Bass affiche une approbation nette largement négative — 31 % d’opinions favorables contre 56 % de défavorables — ce qui l’expose à une poussée populiste axée sur les « problèmes de tous les jours ».
Pratt, outsider républicain dans une ville démocrate, a réussi l’improbable : convertir frustration diffuse en appui concret. Si la primaire confirme ce que les sondages laissent voir, Los Angeles s’apprête à vivre un second tour inattendu — et incertain.
| Critère (basé sur l'article, mai 2026) | Karen Bass | Spencer Pratt |
|---|---|---|
| Sondage Emerson (mai) | 30% | 22% |
| Évolution depuis mars | +10 points | De 10% → 22% (plus du double ; ≈+12 pts) |
| Cotes de pari / probabilité | — (non précisé) | 10% (début avril) → 25% (mai) |
| Principaux soutiens / donateurs | Soutien continu de syndicats puissants | Jeanie Buss, Dan Loeb, David Foster, Jeff Jenkins (et autres) |
| Messages et tactiques | Incumbent; tentatives de recentrage; met en avant son bilan et le soutien syndical | Publicités virales (dont une générée par AI), focus sur qualité de vie, homelessness et policing; nombreuses apparitions publiques |