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L’OTAN écarte toute expulsion de membres de l’alliance

Drapeaux de l’OTAN et des pays membres alignés devant le siège de l’alliance, à Bruxelles.

Une rumeur qui a failli fissurer l’OTAN

Une note interne évoquant des représailles américaines contre des alliés qui n’auraient pas soutenu une campagne contre l’Iran a mis le feu aux poudres cette semaine. Le document suggérait même d’examiner la position américaine sur la souveraineté des îles Malouines/Falklands — une proposition qui a transformé un débat diplomatique en crise potentielle entre Washington et ses partenaires européens. L’Organisation du traité de l’Atlantique nord a immédiatement coupé court: son traité fondateur ne prévoit ni suspension ni expulsion d’un État membre.

Le traité fondateur de l’OTAN ne prévoit aucune disposition pour la suspension ou l’expulsion d'un État membre. Les forces américaines disposent de deux bases en Espagne: la station navale de Rota et la base aérienne de Morón.

Un courriel, deux dossiers explosifs

Ce n’était pas une fuite anodine. Le courriel interne attribué au Pentagone proposait des mesures pour sanctionner des alliés jugés insuffisants face à la campagne militaire au Moyen-Orient et suggérait, en parallèle, de revoir la position américaine sur les Malouines — un levier inusité visant visiblement à mettre la pression sur Londres. L’idée a réveillé des haines anciennes et rappelé que la géopolitique se joue parfois à coups de notes administratives.

Le contexte est tendu: après une attaque américaine et israélienne du 28 février, l’Iran a limité le trafic dans le détroit d’Ormuz, artère vitale pour le pétrole mondial. Les États-Unis ont publiquement reproché à certains alliés de ne pas épauler pleinement leur action militaire, ouvrant un débat sur la solidarité stratégique au sein de l’alliance.

Madrid et Londres face à Washington

Madrid a rejeté la thèse d’une suspension comme une absurdité. Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, a rappelé clairement: «Nous ne travaillons pas à partir d'e-mails. Nous travaillons avec des documents officiels et des positions officielles prises, dans ce cas, par le gouvernement des États‑Unis.» L’Espagne a aussi refusé d’autoriser l’usage de ses bases pour des frappes contre l’Iran, tout en restant engagée dans la coopération alliée, «toujours dans le cadre du droit international», a-t-il ajouté.

À Londres, le premier ministre Keir Starmer a affirmé qu’une implication plus poussée — ou la participation au blocus mené par Washington — n’est pas dans l’intérêt britannique. Le Royaume‑Uni a toutefois permis l’utilisation de bases pour certaines opérations et ses avions ont participé à des missions visant à neutraliser des drones iraniens. Plusieurs capitales européennes, dont la France, ont dit qu’elles pourraient aider à maintenir le passage d’Ormuz ouvert, mais seulement après un cessez‑le‑feu durable ou la fin du conflit.

Une alliance institutionnelle, des tensions politiques

Sur le papier, l’OTAN est solide: ses règles ne prévoient pas l’exclusion. Dans la pratique, la crise révèle une fracture politique: jusqu’où Washington peut‑il pousser pour obtenir l’unité sans menacer la cohésion même de l’alliance? Les prochaines semaines diront si cette polémique reste un coup d’épée dans l’eau bureaucratique ou si elle marque le début d’une redéfinition des obligations réciproques entre alliés.

Publié le : 25 avril 2026
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