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L’UE stoppe les subventions aux renouvelables à onduleurs chinois

Drapeau de l’UE devant des panneaux solaires et onduleurs chinois empilés, en arrière-plan

Décision de l'UE sur les onduleurs à haut risque

Bruxelles coupe le robinet des subventions pour les onduleurs à risque

L’Union européenne a décidé de couper le robinet. Le 4 mai, la Commission européenne a confirmé la fin des subventions pour les projets énergétiques qui utilisent des onduleurs fournis par des « vendeurs à haut risque ». Cette règle, appliquée depuis le 1er avril, touche non seulement les fonds directs de Bruxelles, mais aussi ceux accordés par ses partenaires financiers — la Banque européenne d’investissement (BEI), la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) et plusieurs banques nationales.

Pourquoi les onduleurs peuvent menacer des infrastructures critiques

Les onduleurs ne sont pas de simples boîtiers : ils convertissent le courant continu en courant alternatif, régulent le flux entre panneaux solaires, éoliennes et batteries, et fonctionnent de plus en plus en réseau, avec mises à jour et collecte de données. La Commission met en garde contre « des perturbations des infrastructures critiques de l’UE par des acteurs étrangers », pouvant aller « jusqu’à un arrêt à distance des réseaux des États membres, entraînant des coupures d’électricité à l’échelle nationale ». La mesure vise quatre pays qualifiés de « à haut risque » : la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord — mais c’est surtout la Chine qui motive l’initiative.

La dépendance européenne vis-à-vis des fournisseurs chinois

La dépendance européenne est profonde : la part des fournisseurs chinois dans les importations européennes d’onduleurs est passée de 45 % à 61 % entre 2018 et 2024. Dans les onduleurs solaires, la Chine pèse à elle seule 80 % du marché mondial, dominé par des groupes comme Sungrow et Huawei. La BEI, qui a massivement financé les renouvelables, a soutenu un cinquième des nouvelles capacités solaires installées en Europe en 2025, un tiers des nouveaux projets éoliens terrestres et la grande majorité des projets éoliens en mer.

Dérogations temporaires, échéances et perspectives réglementaires

La Commission ménage toutefois des ponts pour ne pas saborder des chantiers en cours : les développeurs dont la chaîne d’approvisionnement prévoit des onduleurs chinois doivent se signaler avant le 15 mai et recevront une réponse avant le 1er novembre. Pour les projets situés hors de l’Union européenne et non connectés au réseau européen, la date limite est fixée au 15 avril. À plus long terme, Bruxelles envisage d’interdire purement et simplement l’utilisation d’onduleurs de fournisseurs « à haut risque » en révisant son règlement sur la cybersécurité.

Cette décision s’inscrit dans un objectif plus large : réduire la dépendance économique en cas de crise ou de confrontation avec la Chine. Un rapport de Loom estime que la Chine fournit 98 % des panneaux solaires déployés en Europe et 88 % des importations européennes de batteries lithium-ion. L’Agence internationale de l’énergie rappelle, elle, que Pékin contrôle des goulots d’étranglement industriels — plaquettes et silicium polycristallin pour le photovoltaïque, anodes et raffinage du graphite pour les batteries, et aimants à base de terres rares pour les éoliennes.

Le 19 mars, l’avocate générale de la Cour de justice de l’UE a estimé que les États membres peuvent légalement exclure des équipements télécoms sensibles au nom de la sécurité nationale, sous réserve du droit européen. La bataille juridique et industrielle ne fait que commencer, mais la feuille de route est claire : l’Europe veut couper certains liens avant qu’ils ne la fassent vaciller.

Publié le : 6 mai 2026
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